Sclerocactus et open range

Photographié ci-contre en 2012 à proximité des Monts Confusion dans le comté de Millard en Utah, ce Sclerocactus spinosior n’existe plus. De même que n’existent plus toutes les herbes basses et les graminées qui l’entourent sur cette photographie. A cet endroit, la terre est désormais piétinée, rappée, presque nue. Un spectacle que j’étais bien loin d’imaginer en préparant mon voyage de 2017. Je m’étais dit que ce serait une joie de revoir le site que j’avais découvert en 2012. Ce spinosior et la vingtaine d’autres qui s’y trouvaient avaient alors fait mon bonheur. Ils poussaient loin d’une route ou même d’une piste en terre battue, dans une zone éloignée de toute présence humaine mais, malheureusement, pas de celle de bovins en liberté à la recherche de leur pâture. Comme beaucoup de petits cactus, mais aussi d’autres végétaux plus rares encore que certains Sclerocactus, ce spécimen de spinosior est une des victimes de l’open range. Plus précisément, une victime des dégradations qu’entraîne un open range outrancier. 

Aux Etats-Unis, dans de nombreuses régions agricoles, l’open range désigne de grandes étendues de terres à pâturage sur lesquelles paisse du bétail en toute liberté. Ce bétail peut appartenir à un ou à plusieurs fermiers dont les terres ne sont pas clôturées entre elles sauf à leurs limites extérieures. Le bétail de ces fermiers se trouve donc en complète liberté d’y circuler, de jour comme de nuit, y compris sur les routes parfois très fréquentées qui les traversent mais qui, elles, ne sont protégées par aucune clôture ou barrière empêchant le bétail de les emprunter ou de s’y tenir. D’où la présence le long de ces routes de panneaux avertissant les automobilistes du danger que peut représenter ce bétail éventuellement présent sur la chaussée. 

Cet open range s’apparente aujourd’hui encore à une institution, à une tradition. Elle remonte à l’afflux de colons européens émigrant vers les Etats-Unis à partir des années 1850/1860 et à une loi de 1862 (Homestead Act) visant à aider ces colons à s’installer sur des terres qui devaient leur permettre d’en vivre. La délimitation des terres agricoles ne pouvant se faire aisément compte tenu de cet afflux toujours croissant de colons, les fermiers de nombreux états prirent l’habitude de laisser paître leur bétail librement sur de vastes étendues leur appartenant, de fait mises en commun, après avoir toutefois marqué leurs bêtes. En 1874, l’apparition du fil de fer barbelé permit une stricte délimitation des terres agricoles et limita considérablement la pratique de l’open range qui perdure néanmoins encore dans nombre de zones rurales. 

Piétinements et coups de sabots peuvent être dévastateurs et laisser d’horribles traces sur la tige des cactus. Comme sur ce spécimen de Sclerocactus wrightiae photographié ci-dessus non loin des limites nord du Parc National de Capitol Reef, dans le secteur sud-ouest du San Rafael Swell en Utah. La liberté laissée à des bovins en quête de pâture et l’absence totale de clôture les amène souvent à errer sur des sols qui n’ont rien d’une terre à pâturage et qui, comme ici, s’apparentent plutôt à celle de badlands. Mais c’est dans ce type de sols que poussent précisément les wrightiae. Des sols alluvionnaires toujours à fine texture, souvent chargés en coquilles d’huitres et coquillages fossilisés ou, comme sur cette photographie, des sols d’origine sédimentaire qui montrent aussi une fine texture, un peu sablonneuse, légèrement gypseuse et saline, plus ou moins chargée en petits graviers.

On peut voir dans ce sol souple l’empreinte des sabots qui ont amputé presque la moitié de la tige de ce spécimen. Ce wrightiae a eu la chance de ne pas être déterré par ce mauvais coup de patte. Il porte encore ses fleurs et portera sans doute des fruits. Mais on peut craindre que se soient les derniers, car l’importante blessure qui atrophie désormais sa tige ne lui permettra pas de survivre encore plusieurs saisons. Il finira par se dessécher comme cet autre spécimen de wrightiae photographié ci-dessous, à la tige effroyablement écrasée, du côté de Notom, aux portes de ce même Parc National de Capitol Reef.

Comme beaucoup d’autres cactus du fait de leur rareté, Sclerocactus wrightiae a souvent fait l’objet d’études destinées à mesurer l’impact que pouvaient avoir différentes menaces sur sa survie (sécheresse et dérèglement climatique, insectes ravageurs, cueillette illégale, véhicules tout-terrain, libre pâturage). Ainsi, en août 2008, le Service Américain de la Pêche et de la Nature de l’Utah (U.S. Fish and Wildlife Service Utah Field Office) publiait une enquête de plusieurs années consacrée à la préservation de cette espèce dans divers secteurs de sa zone de répartition en Utah (Wright Fishhook Cactus (Sclerocactus wrightiae L. Benson) 5-Year Review: Summary and Evaluation). Cette enquête observait notamment que le nombre de spécimens de toute taille était en diminution dans les limites du Parc National de Capitol Reef où perdure l’open range, alors qu’il se trouvait en progression dans les secteurs n’étant pas en pâture. Les spécimens adultes de plus grande taille étaient plus nombreux à être déterrés et détruits dans les zones en pâture, ces spécimens n’étant souvent plus protégés par une végétation de buissons eux-mêmes pâturés. Cette destruction entraînait par ailleurs une floraison plus limitée dans ces zones avec pour conséquence une diminution du potentiel de reproduction de l’espèce. Cette enquête concluait que Sclerocactus wrightiae devait conserver son classement d’espèce « en danger d’extinction » dans toute ou partie de sa zone de répartition. 

Aujourd’hui, la liste rouge (The IUCN Red List of Threatened Species) des espèces menacée tenue par l’UICNInternational Union for Conservation of Nature, range Sclerocactus wrightiae parmi les espèces « quasi menacées » (« Near threatened »). Aux menaces citées précédemment toujours d’actualité s’ajoute son hybridation grandissante avec Sclerocactus parviflorus, hybridation dont l’ampleur au début des années 2000 n’était pas encore très bien mesurée.

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Notes de culture 2016

Sclero parviflorus-Fl31modPremière fleurs

De novembre à février se déroule une période de dormance hivernale, d’arrêt de végétation, pour un très grand nombre de cactées, dont les Sclerocactus. C’est une période privilégiée pour mener à bien des opérations de rempotage. Cette activité a été engagée en serre dès les derniers jours de décembre 2015 et s’est poursuivie sur une durée de 2 mois. Des spécimens âgés, de plus de cinq ans d’âge ou davantage, nécessitaient impérativement un rempotage. La croissance de semis des années 2012 et 2013 commandait aussi un premier changement de pot (je précise « premier changement » car mes semis effectués dans des pots plastique carrés 5×5 cm ne sont jamais rempotés à l’issue d’un an, mais toujours au bout de deux, trois ou quatre ans selon leur pousse.) Sclero glaucus MesaCo-fl76mod

A fin janvier 2016, ces rempotages se trouvaient terminés pour tous les spécimens de Sclerocactus (et aussi de Pediocactus) dont l’entrée en végétation est toujours assez précoce, très souvent dès la mi-février ou fin février. La venue de (bonnes) conditions météorologiques printanières pour une entrée en végétation spectaculaire de ces spécimens n’est arrivée, pour ma part et au nord de la région Rhône-Alpes, que sur le tard par rapport aux années écoulées, notamment 2014. Ce début de printemps 2016 a été chaotique avec des températures assez nettement en-dessous des moyennes saisonnières et une (trop) longue suite de journées à la météo très changeante, un jour avec ciel bleu et soleil alternant avec ciel gris et une journée pluvieuse.

Pedio-bradyi-Fl02mod Tous les spécimens rempotés ont bien accepté leur nouveau substrat. Aucun n’a fait de blocage d’entrée en végétation. Ces cas de blocage se rencontrent parfois, même sur des spécimens adultes et âgés, et affectent tous les genres de cactées. Le substrat utilisé n’est pas foncièrement différent du précédent, toujours exclusivement minéral, mais comporte simplement en mélange plus de « cailloux », principalement basalte, micaschiste et granit décomposé, auxquels sont adjoints un peu moins de terre (granitique) assez fine et de fines particules de déjection de lombrics. Divers éléments minéraux viennent aussi en complément, en petite proportion et au cas par cas: ardoise, pouzzolane, chabasite, gypse… Soit la présence d’un peu plus de poches d’air au sein de ce substrat ou, en d’autres termes, un substrat qui se veut plus aéré.

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Par ailleurs, l’attention qu’il est nécessaire d’apporter à la composition et à la confection du substrat m’a amené à rempoter quelques spécimens de Sclerocactus dans des pots, non pas en terre comme j’ai coutume à le faire au sortir du semis, mais exceptionnellement dans des pots en plastique transparent. Le but n’est pas seulement de voir la structure interne qu’offre cette terre de culture mais, surtout et sur une période de trois à cinq ans, d’observer et de suivre la progression dans le sol que peuvent avoir racines et radicelles de ces cactées. A suivre donc…

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Substrat Sclero wetlandicus 02mod

Ces photographies, ci-dessus et ci-contre, permettent de se faire une idée de la texture davantage « empierrée » du substrat confectionné.

 

Reprise de végétation

Les espèces du genre Sclerocactus montrent un arrêt de végétation qui couvre généralement les mois de juin, juillet et août. Ce phénomène apparaît à l’approche du solstice de juin. Ce fut le cas en 2016. C’est la période du plein été. C’est une période de dormance pour ces cactées, accablées par la chaleur et par une absence de grande amplitude entre les températures diurnes et nocturnes. Les aréoles ne produisent plus d’épines. Les plus jeunes épines tout juste émergées de ces aréoles ont perdu leur turgescence. Aux premiers jours du mois d’août, certains spécimens en culture peuvent ainsi présenter une tige plus ou moins affaissée, ratatinée. Rien d’alarmant à cela. Le phénomène est courant dans leurs milieux naturels.

Cet arrêt de végétation va se poursuivre, le plus souvent, jusqu’au milieu ou la fin du mois d’août. La seconde moitié du mois d’août voit les grosses chaleurs estivales peu à peu s’estomper, le plus souvent en raison de pluies ou d’orages qui amènent de la fraicheur. Le temps change, les températures baissent quelque peu. C’est alors qu’il faut prêter attention à une reprise de la végétation de ces cactées, sachant que celle-ci n’est pas forcément systématique, encore moins cadencée ou attachée à quelques dates du calendrier. Pour ce qui me concerne et sur cette année 2016, les premiers signes de cette reprise se sont manifestés assez tôt, dès la première semaine d’août, sur un spécimen de Sclerocactus cloverae et deux spécimens de glaucus, puis après le 10 août, sur des spécimens de parviflorus et de parviflorus ssp. havasupaiensis.

Au niveau de l’apex, sur les aréoles naissantes, on pouvait y détecter et observer la production d’un nouveau duvet : sa plus forte densité accompagnée parfois d’une couleur plus claire était  le premier signe d’un réveil de végétation. On voyait aussi apparaître de nouvelles pointes d’épines. Cela marquait plus nettement encore cette nouvelle entrée en végétation, comme le montrent ci-dessous les photographies de spécimens en culture (photos au 16 août 2016). A noter les glandes nectarifères de nouveau actives sur le spécimen de cloverae photographié. cloverae-repriseveget4b

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C’est donc tout un travail de suivi et d’observation qu’il faut engager et poursuivre à l’approche ou à partir de la seconde moitié du mois d’août. Mais la (grande) difficulté de la culture des Sclerocactus sous nos climats européens incite à rester prudents dans la reprise des arrosages. Pas de précipitation. En fonction des conditions de culture, si la production d’un nouveau duvet sur les aréoles au plus proche de l’apex a été la seule à être observée, les arrosages pourront attendre la production de nouvelles épines. En d’autres termes, la reprise des arrosages ne va concerner que les spécimens manifestement entrés à nouveau en végétation.

 Au fil des ans, on pourra remarquer que certaines espèces dans le genre reprennent plus rapidement leur végétation. J’ai pu observer que certaines espèces, notamment parviflorus, cloverae ou glaucus, sont souvent les premières à la reprendre. C’est encore le cas cette année 2016. D’autres espèces semblent plus lentes à ce réveil, pubispinus, blainei et spinosior entre autres. Cela se confirme aussi cette année 2016. Leur arrosage a été différé par rapport aux premières : un arrosage intempestif pouvait être malvenu (pourriture des racines).

Les arrosages doivent être modérés. Ils peuvent être faits par capillarité, y compris avec des pots en terre. Pas question de « noyer » les plantes sous prétexte que leur substrat est au sec depuis deux mois ou plus. Dans la journée qui suit cette reprise des arrosages, on est toujours surpris de voir les tiges à nouveau se trouvées bien gonflées. Le système racinaire de ces cactées a tôt fait d’assécher le substrat de leur pot. Le redressement des tiges est d’autant plus spectaculaire que les spécimens sont encore juvéniles et de petite taille. Les photographies ci-dessous d’un Sclerocactus parviflorus encore juvénile montrent le changement qui s’est opéré.

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Avec une grande prudence, ces arrosages modérés vont être possibles au mieux jusqu’à la mi-septembre. Le substrat gagnera à rapidement redevenir sec dans les 48 heures par exemple. Tout va dépendre des conditions météorologiques à venir, et principalement du taux d’humidité de l’air ambiant (degré hygrométrique) qui, entre septembre et octobre, ne peut qu’augmenter. Rappelons que toutes les espèces du genre ont besoin d’une grande aération. Si tout confinement prolongé leur est préjudiciable, une trop forte humidité de l’air peut tout aussi leur être fatale alors que leur substrat est (encore) humide.

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Sclerocactus sileri, Vermilion Cliffs Nat. Mon., Utah

Grâce à leur angle de prise de vue, certaines photographies de plantes permettent d’en observer la morphologie de manière plus détaillée et de mettre en lumière les « relations » qu’elles peuvent entretenir avec leur environnement et le sol qui les porte. Ainsi en est-il de la photographie ci-dessous d’un Sclerocactus sileri dans son habitat. Un spécimen de sileri vu au ras du sol. Tel qu’il pourrait être perçu par les yeux d’un lézard familier des lieux. Un Phrynosoma platyrhinos par exemple, lézard pourvu d’une « gueule d’enfer », très répandu en Arizona où pousse ce Sclerocactus. Le nom commun donné à ce lézard, « desert horned lizard », fait références aux deux ou trois cornes typiques qu’ils possèdent à l’arrière de la tête. C’est un expert en camouflage. Les couleurs de son corps, en particulier celles de son large dos aplati et écaillé, se confondent avec les couleurs du sol environnant…1118a-2015-sileri

Mais revenons à notre Sclerocactus sileri qui montre des tubercules bien gonflés. Nous sommes au mois de mai et ce spécimen est entré en végétation il y a un peu plus de deux mois. Il est installé dans un espace dégagé, une zone de pins de petites tailles et de genévriers très clairsemés. D’où une lumière qui pénètre partout. Il est dit dans la littérature sur les sileri qu’ils affectionnent aussi les étendues d’herbes rases qui n’offrent pratiquement aucune ombre. Comme tous les Sclerocactus, cette espèce pousse en plein soleil dans des espaces ouverts et sans la nécessaire présence d’une plante accompagnatrice et protectrice au cours de ses premières années d’existence. L’environnement de pins et de genévriers indique que c’est une plante d’altitude. Dans le Journal de l’Académie des Sciences d’Arizona-Nevada (Cactaceae, Part Five. Pediocactus and Sclerocactus. Vol. 33(1) :12-18, 2001), Kenneth D. Heil & J. Mark Porter écrivent qu’elle se rencontre entre 1360 et 1800 mètres d’altitude. Le site internet Flora of North America mentionne 1600 à 1700 m. Or, le spécimen ici photographié se trouvait à 1868 mètres d’altitude. Allez savoir… 1118-2015-Sol1sileri

Il y a ensuite le sol constitué d’un sable grossier et limoneux. La photographie permet de se faire une idée première de sa granulométrie : 1 à 2 mm au maximum. Les sileri poussent préférentiellement dans ce type de sols (voir aussi la page «Sclerocactus sileri, Coconino Co., Arizona»). Leur tige s’y trouve le plus souvent partiellement enfoncée. Un rapport au sol, une préférence édaphique qui amènent ces cactées à supporter, au fil des saisons et de leur phénologie, quelques rapports de forces avec les éléments. Dans leur fragile habitat, le vent et l’eau peuvent vite devenir très perturbateurs, voire destructeurs. Au vu de la photographie, on soupçonne que la tige de ce spécimen – tige naturellement de forme globuleuse sur les sileri avec un sommet légèrement déprimé – est pour moitié recouverte de sable. Vérification faite, elle mesurait 7 cm de diamètre (hors épines) et n’émergeait du sable que de 3 cm (toujours hors épines), c’est-à-dire un peu moins de la moitié de sa hauteur de tige.

1118-2015-Fl3sileriOn peut voir sur le sol, à gauche de la tige, deux restes floraux d’une précédente floraison, celle de l’année passée sans doute. Des vestiges entravés par d’anciennes épines en partie recouvertes par le sable. Ces restes floraux sont encore presque intacts et simplement noircis. Ils témoignent d’un air sec, peu chargé en humidité.

Les dernières fleurs viennent tout juste de se fermer. La photographie prise au ras du sol permet de voir plus nettement l’envers des sépales et des pétales. On distingue sur les pétales une large bande médiane rosâtre à brunâtre et d’étroites marges jaune clair. Ces pétales montrent ici un aspect encore soyeux et leurs couleurs sont toujours vives. Mais plus pour très longtemps. Sur cet exemplaire, le revers des pétales montrait une couleur jaune clair avec une bande médiane légèrement rosée, la base de ses pétales étant d’un jaune plus soutenu. 1118-2015Cig1sileri

Les pétales des sileri mesurent 1,5 à 2,5 cm de longueur. Le fait de voir le stigmate jaune vif de chacune des fleurs alors que leurs pétales sont repliés n’est pas naturel. Ces stigmates encore visibles et qui n’ont plus vocation à recevoir de visiteurs ne trahissent pas une longueur exceptionnelle du style des fleurs de sileri, mais uniquement un grignotage de la pointe des pétales par des insectes qui en apprécient la texture. En cause peut-être la jeune cigale posée sur l’un des pétales et qui s’est invitée sur le cliché à l’insu du photographe. Il existe plusieurs espèces de cigales dans l’Ouest des Etats-Unis et celle-ci pourrait être, en raison de sa couleur, une très jeune Diceroprocta apache.

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Démarrage de végétation / floraison

Le but de cette page est de présenter un suivi sur deux mois, février et mars 2015, du démarrage de végétation et, sauf imprévu, de la floraison de trois spécimens de Sclerocactus et d’un spécimen de Pediocactus en culture :

Un S. brevispinus (semis de 2003, graines MG sous le nom de S. wetlandicus ssp. ilseae), un S. glaucus SB 141 (comté de Mesa, Colorado), semis de 2003 (gaines Köhres), tous deux en culture sur leurs propres racines, un S. mesae-verdae cultivé sur greffe, d’origine Uhlig. Ce spécimen âgé (dates estimées de semis et greffe avant 2003) a vu son porte-greffe se lignifier avec le temps et s’apparenter à un tronc racinaire, et un Pediocactus bradyi ssp. winkleri (semis de 2005, graines MG) en culture sur ses propres racines.

Dernière semaine de janvier / 1ère semaine de février 2015. Les premiers spécimens à montrer une entrée en végétation ont été Pediocactus bradyi ssp. winkleri et Sclerocactus brevispinus. Cette entrée en végétation s’est manifestée par l’apparition de boutons floraux pointant à l’apex du winkleri dès la fin de la dernière semaine de janvier, suivie par l’apparition de boutons floraux sur le brevispinus au cours de la première semaine de février. Les premiers boutons floraux n’apparaissent sur glaucus qu’au 10 février, date à laquelle se devine la formation de boutons floraux pour mesae-verdae. Mais ces derniers ne sont pas très visibles, encore très enfoncés dans l’apex. Aucune montée d’épine observée sur les aréoles de tous ces spécimens durant la première semaine de février. Tous ces spécimens sont sans arrosage depuis mi-septembre 2014. Spécimens conservés en serre avec pourcentage d’humidité évoluant en fonction de la météo entre 45 et 75% et température d’hivernage évoluant entre 4° et 12°C.

15 février 2015 : Premières photographies.

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Le brevispinus montre très distinctement sept boutons floraux. On note sur ce spécimen l’émergence très nette de nouvelles épines sur une aréole. Le glaucus montre trois boutons floraux et on remarque la montée de cinq à six pointes d’épines sur une de ses aréoles. Quatre boutons floraux sont désormais visibles sur le mesae-verdae, mais ils sont à peine visibles, encore bien protégés dans le creux de 0215mesae-verdae0215winkleril’apex. Le winkleri montre cinq boutons floraux. L’apparition et la montée de ces boutons floraux s’accompagnent sur chacun de ces quatre spécimens d’une croissance des tissus de leur tige autour de leur apex, tissus bien apparent d’une couleur vert clair qui tranche nettement avec celle plus bleutée de leur tige.

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22 février 2015. Semaine écoulée froide, peu ensoleillée, temps couvert avec de la pluie. Arrosage différé. Les boutons floraux ont néanmoins pris du volume sur les quatre spécimens. Principalement sur le mesae-verdae sur lequel six boutons sont désormais bien apparents et émergent plus nettement de l’apex. La croissance des tissus autour de son apex est aussi bien marquée, ce qui n’était pas visible il y a une semaine auparavant.

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Les boutons floraux du brevispinus continuent à prendre du volume et s’accompagnent d’une forte émergence des épines sur quatre aréoles. Les cinq boutons floraux du winkleri ont gagné aussi en rondeur. Seul le glaucus semble un peu en retrait, avec moins de volume pris par ses trois boutons floraux et une émergence plus lente de ses nouvelles épines apparues il y a une semaine.

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 02 mars 2015. L’arrosage de ces spécimens, envisagé dans le cours de la semaine écoulée, a été annulé. Les journées ont été encore froides, humides ou pluvieuses. Trop de risques, même en serre. Malgré un ciel couvert et trop peu de soleil, les boutons floraux sont devenus plus apparents sur chacune de ces cactées. A commencer par ceux du glaucus qui émergent à présent plus nettement de l’abondante feutrine des jeunes aréoles. On remarque aisément les nouvelles épines émergentes.

03-02-mesae-verdae03-02-winkleriSur le brevispinus, on aperçoit désormais devant chaque bouton floral les pointes bien apparentes du faisceau des nouvelles épines. Les six boutons floraux du mesae-verdae sont à présent bien visibles. Ils ont encore gagné en volume et ils émergent plus nettement de l’apex, tout comme les cinq boutons floraux portés par le winkleri.

 

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09 mars 2015. Premier arrosage de l’année pour tous ces spécimens le samedi 7 mars. La semaine écoulée a été très ensoleillée. J’ai surpris, dès le mardi 3, un lézard se prélasser au soleil sur l’un des rebords de la serre, signe d’un temps de printemps précoce cette année ! Pour preuve, la montée progressive des températures avec une grande amplitude : proches du 0°C les nuits, voisines des 17°C au plus fort des journées. Dans leur habitat, Sclerocactus et Pediocactus connaissent ces amplitudes de températures, et des plus fortes encore. Pour ces spécimens en serre, une amplitude à l’identique : 6 à 7°C les nuits et jusqu’à 22°C les après-midi.

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Les photographies montrent à présent sur tous les spécimens des boutons floraux émergeant nettement de l’apex. Ceux des brevispinus et mesae-verdae ont particulièrement pris de l’ampleur. On peut aussi observer la forte émergence de jeunes épines sur les nouvelles aréoles des trois Sclerocactus. Peut-être des premières fleurs sur le point de s’ouvrir  en fin de semaine ?

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16 mars 2015. Le premier arrosage du 7 mars (qui a fait suite au dernier de 2014, fin septembre) a été bénéfique à ces spécimens, pas au point cependant de déclencher leur floraison. En cause non pas tellement un ciel souvent voilé, mais bien davantage un air extérieur encore trop froid. Dans une serre plus largement aérée (durant les journées) que les semaines précédentes (aération toujours renforcée après un arrosage), l’air trop frais n’y a pas permis la montée des températures espérée.

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On remarquera que la presque totalité des boutons floraux des Sclerocactus se sont allongés (dimension tépales / pétales) alors que les boutons floraux du Pediocactus winkleri ont conservé leur rondeur. Autre détail à remarquer sur les quatre spécimens : la dimension désormais prise au sommet des tiges par leur zone apicale (formation et émergence de nouvelles aréoles avec faisceaux de jeunes épines et accompagnée ou non de bouton floral), zone dont la surface se trouvait réduite du fait du repos végétatif.

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23 mars 2015. Les trois spécimens de Sclerocactus sont désormais en fleur. Le brevispinus et le mesae-verdae depuis le 18 mars dans l’après-midi, et le glaucus depuis ce 23 mars, à la mi-journée. Les conditions de luminosité et de chaleur ont été encore difficiles à réunir la semaine passée (alternance de temps ensoleillé, nuageux, pluvieux), retardant en particulier le début de floraison du glaucus. Situation inchangée pour les boutons floraux du Pediocactus bradyi ssp. winkleri.

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L’ouverture de plusieurs fleurs sur une tige est toujours spectaculaire, surtout sur des cactées de petites tailles comme ces Sclerocactus. Trois fleurs ouvertes dans un même temps sur le brevispinus (sur un total de sept boutons floraux). Diamètre fleur de l’ordre de 1,7 cm pour une hauteur de presque 2 cm. Quatre fleurs ouvertes en même temps sur le mesae-verdae (sur un total de six boutons floraux). Hautes de quelques 2,5 cm, ces fleurs de mesae-verdae  montreraient un diamètre de 3,5 à 4 cm si elles pouvaient s’ouvrir largement. Pressées les unes contre les autres, elles forment un bouquet de 5 cm de diamètre alors que la tige de ce mesae-verdae mesure 5,5 cm de diamètre, épines comprises. L’unique fleur ouverte sur le glaucus montre un diamètre de 1,5 cm pour une hauteur de 1,8 cm.

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30 mars 2015. La semaine écoulée a vu malheureusement prédominer ciel gris et nuages apportant des pluies éparses et répétées, les températures en serre ne dépassant 15/16°C.  La faible luminosité n’a pas permis le large épanouissement de toutes les fleurs. C’est bien dommage. Les photographies montrent déjà quatre fleurs fanées sur le brevispinus comme sur le mesae-verdae. Les trois fleurs restantes du brevispinus, qui montrent des couleurs moins vives au fil des jours, restent cependant assez ouvertes. Ses fleurs apparaissent moins sensibles à une faible luminosité alors que la dernière fleur du mesae-verdae ne peut s’ouvrir largement en l’absence d’un ciel plus lumineux.

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Sensible également à la faible luminosité du ciel, la seule fleur du glaucus ouverte semaine passée est demeurée fermée comme le montre la photographie. Il reste sur ce glaucus, comme sur le brevispinus, deux boutons floraux encore à s’ouvrir, lesquels, on peut l’espérer, permettront de voir prochainement des fleurs enfin largement ouvertes. La formation très lente des boutons floraux du Pediocactus bradyi ssp. winkleri marque une étape. La forme très ronde qui les caractérisait va désormais s’allonger au fil des jours à venir. A noter l’émergence à présent très visible des faisceaux d’épines sur les nouvelles aréoles.

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07 avril 2015. Un début de semaine très nuageux et froid, et (enfin !) une fin de semaine très ensoleillée qui a accéléré les floraisons. Cependant, la dernière fleur du mesae-verdae ne s’est jamais pleinement ouverte et s’est brusquement fanée le 2 avril. Depuis son entrée en végétation en février, ce spécimen de mesae-verdae à produit de fortes épines qui protègent désormais très efficacement son apex. Une seule fleur est demeurée ouverte (3 cm de diamètre) sur le brevispinus. J’ai noté que les fleurs de ce brevispinus demandent moins de luminosité et de chaleur pour s’épanouir pleinement que les fleurs du spécimen de glaucus qui nécessitent un couple luminosité-chaleur plus intense.04-07-mesae-verdae04-07-winkleri

La première fleur du winkleri s’est ouverte le 5 avril en fin de matinée (largement ouverte = 2,2 cm de diamètre), suivi par une seconde entrouverte en milieu d’après-midi sous l’effet de la montée des températures. Les couleurs rose-orangé de ces fleurs de winkleri sont très changeantes. A peine cinq heures de temps séparent l’ouverture des deux fleurs ici photographiées. Dès leur ouverture, il faut essayer d’en capter le plus grand nombre possible de nuances.

04-12-glaucus04-12-brevispinus12 avril 2015. Semaine chaude, ensoleillée, contrastant fortement avec les deux semaines précédentes. Ces conditions climatiques ont bien sûr fortement impacté chaleur et luminosité dans la serre qui abrite les spécimens. Les dernières fleurs ouvertes se sont flétries, le 7 avril pour le brevispinus, le 9 avril pour le glaucus, et le 12 avril pour le winkleri. La photographie du brevispinus montre la formation d’au moins deux fruits suite à une pollinisation effectuée avec un autre spécimen de brevispinus également en culture.

Le tableau ci-dessous reprend, sur 4 années depuis 2012, les dates et durées de floraisons des spécimens de Sclerocactus et Pediocactus qui ont fait l’objet de ce suivi. Quatre remarques :

  • Les dates de premier arrosage peuvent varier bien évidement d’une année sur l’autre selon les conditions météorologiques rencontrées, ce qui n’est pas sans impact sur la formation des boutons floraux et les dates d’ouverture des premières fleurs.
  • Dans la mesure où les Sclerocactus fleurissent très tôt dans l’année (cf leur phénologie), les conditions climatiques rencontrées année après année qui peuvent être changeantes, instables ou perturbées à l’approche d’un changement de saison (printemps), peuvent plus fortement impacter les dates d’épanouissement de leurs premières fleurs (exemple, dates séparées de 2 semaines entre les années 2013 et 2014).
  • On note que le spécimen de Pediocactus bradyi winkleri voit ses premières fleurs s’ouvrir à des dates séparées de moins de 5 jours d’une année sur l’autre, dates qui couvrent la 1ère semaine d’avril.
  • Les durées de fleurissement peuvent être très variables, fonctions principalement des conditions climatiques rencontrées. Le nombre de fleurs peut aussi influer sur cette durée si les fleurs en nombre ne s’épanouissent que les unes après les autres. Mais comme le montrent les photographies ci-dessus, plusieurs fleurs s’épanouissent souvent en même temps, réduisant ainsi le temps de fleurissement. Mais c’est alors le spectacle de toutes les fleurs ouvertes qui y gagne.04-12-TabSuiviFlo

Ce tableau termine ce suivi du démarrage de végétation et de la floraison de trois spécimens de Sclerocactus et d’un spécimen de Pediocactus bradyi ssp. winkleri.

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L’arrosage

Dans la culture des Sclerocactus (stricto sensu) hors de leur habitat, la gestion des arrosages (avec de préférence une eau de pluie) est à mes yeux et sous nos climats européens la partie la plus difficile à maîtriser. Cette conduite demande un peu d’expérience, car elle nécessite toujours de bien observer ses spécimens en culture. On peut néanmoins schématiser la conduite de ces arrosages en distinguant trois périodes au cours de l’année:

  • au sortir de la période hivernale (octobre-février), ces cactées sont parmi les premières à entrer en végétation. Selon les lieux où elles se trouvent en culture, cette entrée en végétation (apex montrant une nouvelle couleur, de nouvelles aréoles garnies de pointes d’épines émergeantes) peut être perceptible dès le mois de février. polyancis-arrosagesC’est alors qu’il faut les arroser en veillant néanmoins à laisser sécher leur substrat avant de les arroser à nouveau. Le premier arrosage sera léger et pourra se faire ou non par capillarité. On va voir la tige de ces cactées très vite se gonfler. Cette période d’arrosage est primordiale pour ces cactées et elle peut se poursuivre, en fonction de la météo (chaleur + ensoleillement de rigueur) sur les mois d’avril et mai, voire jusqu’à mi-juin. Le plus difficile reste de déterminer à quel moment stopper ces arrosages. A chacun de faire au mieux selon la clémence du temps et ses propres conditions de culture. A fin mai, tous les spécimens, surtout les juvéniles, doivent normalement montrer une tige bien gonflée. Si ce n’est pas le cas, cette période d’arrosage est à prolonger sur le mois de juin mais à un rythme plus espacé que celui des arrosages de début d’année. Car, avec les fortes chaleurs estivales, la croissance de ces cactées va peu à peu ralentir ou marquer le pas, ce qui pourra se constater au niveau de l’apex. Ces cactées vont demander moins d’eau.
  • entre le cours du mois de juillet et la première moitié du mois d’août, il convient le plus souvent de tenir ces cactées au sec. Pas d’arrosage. Les arroser, même si la chaleur notamment en serre paraît très forte ou excessive, c’est prendre le risque de condamner leur système racinaire à pourrir. En serre et pour empêcher une éventuelle attaque d’araignée rouge, il sera possible de temps à autre d’effectuer des brumisations en évitant de trop humidifier en surface le substrat des pots. Une bonne ventilation de ces cactées est également essentielle. Si la tige de certains spécimens, juvéniles notamment, s’affaisse quelque peu, il est toujours possible d’effectuer un arrosage très léger, mais en se limitant au seul fond du pot, le mieux étant donc par capillarité, que les pots soient en plastique ou en terre cuite. Dans ce cas, prendre grand soin à ne pas (ou à ne pas trop) humidifier la base de la tige.
  • webWhipplei-culture-02à partir de la seconde moitié d’août (au plus tôt) et en septembre, il est nécessaire de reprendre les arrosages. Mais ils sont à effectuer avec parcimonie et prudence, le plus possible par capillarité, et en veillant à ce que le substrat sèche rapidement. En cela, on sera aidés par les terres de culture les plus drainantes possibles. D’une manière générale, ces arrosages courent sur le seul mois de septembre et se limitent à deux ou trois selon les conditions climatiques. A fin septembre, le substrat doit être entièrement sec pour préparer l’arrêt de végétation et l’hivernage dans les meilleures conditions. Là encore, les tiges des spécimens en culture doivent être bien gonflées. Aucun arrosage ou brumisation, d’octobre à février. Une ventilation de ces cactées est aussi nécessaire durant cette période. Durant cette période hivernale, on verra la tige de ces cactées s’affaisser ou se dégonfler progressivement mais, normalement, sans jamais prendre une dimension alarmante.

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Le substrat

La composition du substrat a évolué avec le temps, car ma culture des Sclerocactus sur leurs propres racines s’est d’abord calquée sur celle que je pratiquais déjà sur les seuls Pediocactus (simpsonii, knowltonii, despanii, …). Ce substrat se composait :

  • de terre franche de ph 6,5 à 7 à fine texture ;Melange-cactees06
  • d’un amendement organique du commerce également à fine texture ;
  • d’un apport de fins graviers issus d’un concassage de schistes, grès, granit en décomposition ou de minéraux plus spécifiques afin de se rapprocher le plus possible de l’environnement minéral naturel propre à certaines espèces. Par exemple, mélange minéral calcaire riche en argile ou fortement gypseux pour semis et culture de Sclerocactus mesae-verdae ou de wrightiae (ou encore de Pediocactus sileri et P. bradyi ssp. winkleri);
  • d’un apport, mais en plus faible proportion que les éléments précédents, de déjections finement broyées de lombrics. Ces déjections, sous forme de tortillons que l’on peut voir très souvent affleurer à la surface du sol de nos jardins, sont une transformation de matières organiques en matière minérale. Elles constituent une structure stable et poreuse mais aussi et surtout très fertile. Plus qu’un simple engrais, ces déjections sont l’un des amendements les plus riches qui soient pour le jardinage en général. Elles apportent une activité microbienne bénéfique aux plantes et leur fournissent des éléments nutritifs essentiels disponibles sur une longue période de temps.webSpinosior-Nevada

Avec le temps, la culture des Sclerocactus m’est apparue plus difficile que celle des Pediocactus. La perte de plusieurs spécimens n’était pas due à nos conditions climatiques souvent peu propices à favoriser leur croissance, ni à une conjonction humidité/froid que redoutent tout particulièrement ces deux genres, ni même encore à des arrosages inappropriés. Pour enrayer mes pertes, j’étais allé jusqu’à favoriser pour des plantes matures des arrosages exclusivement par capillarité avec un volume d’eau calculé pour que cette eau ne remonte pas jusqu’à la terre de surface des pots et n’humidifie pas le collet toujours très sensible de ces cactées…

webPubispinus-NevadaOn peut observer aux Etats-Unis l’étonnante diversité des sols sur lesquels poussent les Sclerocactus. Des sols ingrats, majoritairement alcalins, calcaires ou argileux, parfois aussi volcaniques, basaltiques, ou encore granitiques. Des sols le plus souvent caillouteux mais pas seulement. J’avais tiré de ces différentes visites plusieurs observations. Parmi elles le constat que ces cactées ne poussent que sur des sols extrêmement stables, jamais sur des sols trop souples où peuvent se rencontrer des Opuntia, ni même jamais sur des sols excessivement rocailleux où s’observent souvent des Echinocereus engelmanii. Autre constat déterminant, mais avec quelques exceptions car certains spécimens d’espèces, telles S. polyancistrus ou S. brevispinus notamment, se rencontrent aussi en terrains plats, les Sclerocactus poussent généralement sur des sols à faible ou très faible pente, parfois en rebords de mesas, mais le plus souvent sur les parties les plus basses ou au pied de collines, là où l’érosion est en voie de terminer son ouvrage.

En creusant sur quelques 5 à 10 cm de profondeur tout à côté des plantes, on peut aisément se faire une idée de la compacité de la terre. On y remarque d’abord l’absence totale d’humus ou de débris végétal. Elle est essentiellement minérale. Les débris végétaux de toutes sortes, qui ne manquent pas de joncher le sol, semblent ne jamais s’y trouver enfouis. S’ils ne se trouvent pas d’abord consommés par divers petits animaux ou par des insectes, ils sont alors éclatés par le froid, brûlés par le soleil, se désagrégeant lentement à sa surface pour disparaître peu à peu en très fines particules. Sèche, cette terre est très poussiéreuse. Elle est aussi encombrée de pierres et de cailloux de dimensions diverses et dont certains recouvrent le sol d’un dallage hétéroclite. Mais une fois qu’elle en est sommairement débarrassée et qu’elle roule et coule dans votre main, on ne peut qu’être surpris et intrigué par son extrême finesse et même, par endroits, sa pulvérulence, tant les doigts de votre main ne parviennent plus à en évaluer la finesse.webSpinBlainei-Nevada

L’extrême finesse de cette terre et cette pulvérulence sont assez surprenantes pour le fragile système racinaire de ces cactées. On imagine à tort des effets « ciment » emprisonnant et étouffant les racines. On est au contraire en présence d’une terre compacte mais légère, toujours aisément friable, fragmentable, et qui ne colle pas, ce qui se vérifie lorsqu’elle est humide en profondeur. En bref, elle présente un aspect limoneux qui se nourrit à l’évidence de l’érosion ultime des roches comme elle se nourrit aussi de la décomposition ultime des végétaux. Le sol des parties basses des collines présente notamment de telles caractéristiques, de même que les sols plats très limoneux où se rencontrent des spécimens de S. polyancistrus au Nevada ou des S. spinosior en périphérie d’anciens lacs asséchés (lac Sevier) ou encore des S. brevispinus et S. wetlandicus dans le comté de Duchesne en Utah.

Ces observations m’ont donc amené à modifier le mélange de culture que j’utilisais et, pour les Sclerocactus, à éliminer totalement terre de jardin et amendement organique pour recomposer un mélange qui, grâce à sa texture, a l’avantage de sécher très vite. Avec cinq années de recul, un tel mélange semble mieux correspondre aux besoins de ces Sclerocactus stricto sensu. Il m’apparaît à ce jour être un bon compromis propre à satisfaire une culture sur racines d’espèces dispersées au sein d’habitats différents, souvent très spécifiques. Il réunit trois éléments en parts égales :

  • du sable limoneux le plus fin possible collecté en bord de rivière ou de fleuve ;
  • un apport de graviers issus d’un concassage de minéraux spécifiques ou de schistes, grès, granit en décomposition. Selon le diamètre des pots, diamètres pouvant aller de 2 jusqu’à 10 mm ;
  • des déjections finement broyées de lombrics.

Ce même mélange, mais finement tamisé, est utilisé comme terre à semis.

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Le semis

Seule intervention sur les graines : leur désinfection par trempage dans de l’eau avec 3 à 5% d’eau de Javel. Aucune autre utilisation de produits divers et variés sur les graines elles-mêmes dans le but de réduire ou ramollir l’épaisseur de leur enveloppe. Avant mise en semis, les graines sont simplement conservées au réfrigérateur (bac en bas de porte). Les graines sont mises en semis au nombre de 5 à 6 maximum dans des pots plastique de 5 x 5 cm.

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Ces pots sont placés sous serre courant avril pour bénéficier des montées naturelles de température. Les pots dans lesquels aucune graine n’a germé sont conservés intacts au froid entre 5 et 10°C. Ces graines sont remises en condition de germination l’année suivante. En raison de leur pouvoir germinatif, il n’est pas rare de voir des graines de Sclerocactus germer une ou deux années plus tard.spinosior-3semaines

Sur la période de temps du semis, quatre règles à respecter :

1/ Déranger le moins possible les plantules. L’installation des plantules dans leur substrat dès leur germination est primordiale à assurer et à préserver. Pour que les plantules construisent un système de racines fort et vigoureux, il convient de ne pas les déranger au cours de leurs toutes premières années de culture. Une transplantation prématurée conduirait à leur affaiblissement et serait préjudiciable à leur croissance, voire à leur survie.pubispinus-2ans

2/ Maintenir les plantules dans leur boite à semis au minimum deux années, voire trois ou quatre années, et dans le substrat qui a vu germer les graines. Ce qui d’une part explique le fait de ne placer que 5 ou 6 graines dans chaque pot de 5x5cm. Et sous-entend d’autre part que le substrat dans lequel poussent les plantules soit capable dans la durée de subvenir à leurs besoins. D’où les deux principes suivants :

3/ Elaborer un substrat drainant qui ne soit pas trop en rupture avec celui de l’habitat. En d’autres termes, on cherche à s’adapter du mieux possible aux besoins notamment minéraux des plantes en apportant le plus grand soin à la composition du mélange qui va être utilisé pour les semis et leur culture.

4/ Faire que ce substrat soit suffisamment riche en nutriments sur quatre ans pour s’éviter une forte et systématique utilisation d’engrais de synthèse. La croissance des plantules et des très jeunes plantes doit s’inscrire dans la durée. C’est un point véritablement essentiel. Le non recours systématique à des engrais de synthèse est, quant à lui, un choix délibéré et personnel.parviflorus-5semaines

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Répartition des Sclerocactus stricto sensu

Les Sclerocactus stricto sensu ne se rencontrent qu’en Amérique du Nord, dans six États fédéraux des États-Unis (Arizona, Californie, Colorado, Nevada, Nouveau-Mexique, Utah). Leur aire de répartition, qui se trouve enclavée entre deux imposantes chaînes de montagnes, la Sierra Nevada (Californie) à l’ouest et les Montagnes Rocheuses (Colorado) à l’est, recouvre le plateau du Colorado et ses alentours. Ce plateau du Colorado peut être considéré comme un bloc homogène d’altitude intermédiaire qui s’insère entre un relief en basin and range de plus basse altitude que lui à l’ouest comme au sud, et les hautes montagnes Rocheuses à l’est. Une sorte de marche d’escalier. Et c’est sur cette marche et dans son prolongement vers l’ouest, le sud et l’est que se rencontrent ces cactées. Ce plateau montre d’abord un formidable patchwork de roches crevassées, fissurées et colorées (red rock country) où s’observent du fait de l’altitude de vastes zones de pins et de genévriers. Les pourtours du Grand Canyon ou du Bryce Canyon en sont des exemples. Mais il donne aussi à voir un grand nombre de zones basses et arides, tels le Painted Desert en Arizona ou le San Rafael Desert en Utah, où s’observe une végétation adaptée à un climat plus sec (broussailles) et dominée par des espèces du genre Atriplex (A. corrugata, A. cuneata) typiques de ce plateau.webCarte1-ReparGeo-Sclero

Quelques espèces comme S. pubispinus, S. spinosior ssp. spinosior et ssp. blainei s’observent en bordure ouest de ce plateau du Colorado. Ce sont des espèces du désert du Grand Bassin qui n’occupent cependant qu’un pourtour est-sud-est de ce désert, c’est-à-dire les parties basses et les plus sèches de son relief en basin and range. Les espèces les plus occidentales du genre sont S. polyancistrus et S. pubispinus. À l’opposé, les plus orientales sont S. parviflorus et S. glaucus, cactées présentes jusqu’aux limites est du plateau du Colorado, autour des villes de Grand Junction, Delta et Montrose (Colorado). S’il fallait tracer la limite septentrionale du genre, elle correspondrait approximativement à la ligne de frontière qui sépare l’Utah et le Colorado du Wyoming. À l’ouest de cette ligne se trouve Wendover (limite nord de la zone de S. pubispinus) alors qu’à l’est cette ligne longe les Uinta Mountains dont le versant sud marque la limite nord de la zone de distribution de S. wetlandicus et de S. brevispinus (= S. glaucus). Deux reliefs marquent les limites australes du genre : d’une part les San Bernadino Mountains en Californie qui forment une frontière naturelle sud à la répartition de S. polyancistrus ainsi qu’au désert de Mojave, d’autre part les escarpements appelés Mogollon Rim en Arizona qui, situés au sud du plateau du Colorado, constituent une barrière sud à la zone de distribution de S. whipplei ssp. whipplei, espèce la plus australe du genre stricto sensuspinosior-WahWah-1466-2013

La répartition de ces Sclerocactus stricto sensu couvre des territoires dont les extrêmes sont séparés de l’ordre de 1000 kilomètres ou plus. Entre la ville de Barstow, Californie, en limite sud-ouest de répartition de l’espèce polyancistrus, et la ville de Grand Junction, Colorado, en périphérie de laquelle se rencontre l’espèce glaucus, on comptabilise 1100 km en diagonale à vol d’oiseau du sud-ouest au nord-est. Entre ces deux villes, et mis à part quelques territoires où le genre n’est pas implanté, cette diagonale traverse l’immense zone de répartition de S. parviflorus et de ses sous-espèces havasupaiensis et terrae-canyonae  assimilées à l’espèce. De la même manière, entre la ville de Tonopah, Nevada, autour de laquelle pousse S. nyensis et la ville de Durango, Colorado, près de laquelle on peut encore rencontrer S. mesae-verdae, il y a 1000 km d’ouest en est au cours desquels se rencontrent aussi S. spinosior ssp. blainei et S. parviflorus. Dernier exemple : entre la ville de Wendover, Utah, secteur extrême nord de la répartition de S. pubispinus, et l’agglomération de Holbrook, Arizona, près de laquelle se rencontre S. whipplei, la diagonale nord-ouest à sud-est est là encore proche des 1000 km avec cette fois le survol des zones de distribution de S. spinosior ssp. spinosior et toujours de S. parviflorus.

Si quelques espèces du genre, comme S. nyensis, se rencontrent dans des zones de distribution réduites en superficie, la seule espèce parviflorus peut à l’inverse se rencontrer dans plus de 35 comtés des quatre États des États-Unis dont les frontières se rejoignent à Four Corners : Arizona, Nevada, Colorado et Nouveau-Mexique. La répartition de S. parviflorus et de ses sous-espèces s’inscrit presque dans un cercle de l’ordre de 800 km. Le centre de ce cercle pourrait être le site de Fry Canyon en Utah ou le Natural Bridges National Monument tout proche, deux environnements dans lesquels on rencontre des spécimens de terrae-canyonae. Fry Canyon se situe à 120 km à vol d’oiseau au nord-ouest de Four Corners.

web1-Ecosystemes-ScleroToutes les espèces sont installées dans leurs habitats de manière assez dispersée. Il n’existe pas, sur la plupart des sites, de colonies regroupant un grand nombre de spécimens. On observe plutôt des individus éparpillés, toujours dispersés. S. polyancistrus, dont l’habitat presque essentiellement californien est très étendu, en est un bon exemple au point de porter le nom vernaculaire de « hermit cactus ». Cette dispersion peut avoir de lourdes conséquences en cas de fluctuation même mineure des écosystèmes. Et dans l’aire de répartition de ces Sclerocactus stricto sensu, sept écosystèmes sont dénombrés (Carte 1 ci-contre, source US Environmental Protection Agency). En accompagnement de cette Carte 1 ci-contre, le Tableau 1 ci-dessous présente les étagements en altitude et les zones de végétation dans lesquelles se rencontrent ces espèces dans leurs milieux naturels (source C. Hart Merriam Life Zones Concept). Quatre zones de végétation les accueillent :

  • en dessous de 3500 pieds (1066 m), le désert de Mojave; pluviométrie annuelle de l’ordre de 7 à 30 cm (cette zone est aussi celle des désert de Sonora et de Chihuahua dans lesquels les Sclerocactus stricto sensu ne sont pas présents) ;
  • de 3500 à 6500 pieds (1066 à 1981 m), d’une part les zones boisées de pins pignons et de genévriers, d’autre part les étendues herbacées semi-arides et « chaparral » (désert du Grand Bassin); pluviométrie annuelle de l’ordre de 25 à 50 cm ;
  • de 6000 à 8500 pieds (1829 à 2591 m), la zone de forêts de pins Ponderosa; pluviométrie annuelle de l’ordre de 45 à 65 cm.Sclero Altitudes2

Toutes les espèces du genre Sclerocactus stricto sensu se positionnent très largement dans la zone de végétation qui s’étage de 1100 à 1900 mètres. On se trouve typiquement dans – ou très proche de – l’écosystème du désert du Grand Bassin et de celui du plateau du Colorado avec des environnements de broussailles semi-arides, « chaparral » aux basses altitudes, et de pins pignons et genévriers aux plus hautes. S. polyancistrus, en raison de sa large répartition dans le désert de Mojave, est la seule espèce du genre dont l’amplitude des altitudes dépasse, en minimales comme en maximales, les bornes d’altitude associées au désert du Grand Bassin et au plateau du Colorado.

On peut donc retenir que, bien que dispersées au sein d’habitats différents, toutes les espèces du genre Sclerocactus stricto sensu se rencontrent dans un ensemble géographique et climatique assez homogène mais dont les vastes dimensions ont généré des transitions environnementales auxquelles ces espèces ont dû s’adapter. Toutes ces espèces sont soumises à un climat très froid en hiver, reçoivent des précipitations souvent sous forme de neige, puis entrent en végétation dès l’approche du printemps pour très vite fleurir avant l’arrivée de fortes chaleurs accompagnées de vents desséchants, souvent incessants, éléments climatiques peu propices à une forte croissance.

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