Sclerocactus parviflorus sur sols cryptobiotiques

Le plus vaste des Parcs Nationaux de l’Utah est Canyonlands. Divisé en trois principales zones géographiques appelées districts, l’Île dans le ciel (Island in the Sky), les Aiguilles (The Needles) et le Labyrinthe (The Maze), il offre une multitude de sentiers de randonnées dans des paysages inoubliables et au milieu d’une végétation semi-désertique riche en cactées, en particulier des Sclerocactus parviflorus. De toutes mes randonnées effectuées en 2002 dans Canyonlands, celle m’ayant conduit aux aiguilles de grès colorées du Chesler Park m’avait permis d’en observer le plus grand nombre [à noter que mes photographies diapositives (argentiques) de l’année 2002 ont mal vieilli et que leur numérisation effectuée pourtant avec soin n’a pas permis d’en améliorer la qualité. Pardon auprès des internautes].

Les spécimens rencontrés étaient d’assez belle taille et montraient des couvertures d’épines fournies et spectaculaires. Presque toutes leurs épines centrales avaient la particularité d’être d’une couleur très claire, blanchâtre à ivoire, proche de la couleur toujours blanche de leurs épines radiales. Sur une terre sablonneuse souvent ocre, parfois rougeâtre à brunâtre, leur couleur accrochait la lumière et me permettait de repérer ces parviflorus de loin comme autant de précieuses balises facilitant mes découvertes.

Les spécimens que je rencontrais avaient aussi pour particularité de porter une épine centrale abaxiale assez longue qui dépassait les 6 cm sur les spécimens les plus gros. En formant une ligne doucement arquée, parfois légèrement torsadée, qui soulignait sa grande longueur, cette épine centrale s’imposait au premier regard. Elle était terminée par une pointe en hameçon de teinte brunâtre. C’étaient des spécimens qu’une impérieuse envie me poussait à voir de près. Mais j’avais des difficultés à les approcher, car nombre d’entre eux se trouvaient installés au beau milieu d’un sol couvert de croûtes cryptobiotiques.

Je me souviens que, depuis les années 1980/1990, les visiteurs et les randonneurs des Grands Parcs Nationaux de l’Ouest Américain étaient alertés sur la nécessaire préservation à apporter à ces sols et à leur encroûtement. Et j’avais pris connaissance de ce qu’ils pouvaient réellement signifier, biologiquement parlant, en lisant les articles vulgarisateurs de quelques-unes des brochures gratuites alors distribuées dans ces Parcs, telle celle de l’année 1990, intitulée From the Canyons et publiée par l’Association d’Histoire Naturelle de Canyonlands.

Les croûtes cryptogamiques se rencontrent sur tous les continents et plus particulièrement sur les terres arides et semi-arides. Elles couvrent notamment un pourcentage élevé de la surface des sols du vaste Plateau du Colorado et du désert du Grand Bassin, habitats des Sclerocactus, et aussi du désert de Sonora.

Ainsi lorsqu’on marche en pleine nature – en particulier à la recherche de spécimens de Sclerocactus –, il arrive immanquablement que l’on se trouve face à ce type de sols dont la surface, devenue le plus souvent grisâtre à noirâtre, apparaît curieusement bouleversée et crevassée. En l’examinant de près, on découvre qu’elle est constituée d’une multitude de formations architecturales miniatures et extravagantes, promontoires et presqu’îles à peine ébauchées, amorces de colonnades, cônes et pyramides dont les sommets, tels des pinacles, sont couronnés de croûtes sombres à la fois solides et fragiles, les croûtes cryptobiotiques. 

Ces croûtes sont constituées essentiellement d’organismes non vasculaires qui forment ensemble un univers très complexe. S’y rencontrent principalement des cyanobactéries, des mousses, des lichens ou encore de minuscules champignons. Tous ces organismes vivent, se déplacent et meurent sur le sol. Ils y laissent nombre de particules, fibres et déchets, des matériaux qui vont très vite s’amonceler, se coller les uns aux autres, puis durcir en adhérant au sol. Ce qui a pour effet premier d’en consolider la surface et d’en réduire considérablement l’érosion tant hydrique qu’éolienne. Mais tous ces matériaux participent aussi à la régénération du sol. Sa fertilité va s’en trouver augmentée, de même que son hydratation. Ces matériaux sont en effet capables d’absorber et de retenir près de dix fois leur volume en eau pour la redistribuer lentement dès lors que la terre s’assèche. Autant d’éléments qui expliquent que les plantes poussant sur ce type de sols cryptobiotiques bénéficient d’un niveau important de nutriments.

Mais cet encroûtement ne résiste malheureusement pas à la compression. Une fois perturbé ou écrasé, notamment sous les pas des randonneurs, sa reconstitution va nécessiter plusieurs années. Dès lors, il convient d’être respectueux en n’y marchant pas dessus !

ScleroAventSignet02

Sclerocactus parviflorus “terrae-canyonae”

Alors que l’espèce parviflorus montre des fleurs dont la couleur va du rose profond au rose clair et jusqu’au blanc pur presque pur, l’appellation “terrae-canyonae” se rapporte à des spécimens montrant des fleurs de couleur jaune clair. Une couleur qui n’est jamais très vive et qui est bien différente de celle, crème ou ivoire ou encore parfois jaune blanchâtre, des Sclerocactus whipplei. 469a-2009-RedHouseCliffs

 Aujourd’hui, ces spécimens à fleurs jaunes ont une répartition limitée à l’extrême sud-est de l’Utah, dans le comté de San Juan, ainsi qu’à l’extrême nord des comtés de Coconino et de Navajo, en Arizona, comtés qui sont en frontière avec l’Utah. En Utah, ils se rencontrent entre 1800 et 2300 mètres d’altitude, depuis l’environnement du Parc Monument National des Ponts Naturels (Natural Bridges National Monument) jusqu’aux rives sud de la rivière San Juan, au-delà de sa confluence avec la rivière Colorado.

Sclerocactus parviflorus « terrae-canyonae », Red House Cliffs, Utah

Sclerocactus parviflorus « terrae-canyonae », Red House Cliffs, Utah

L’appellation Sclerocactus terrae-canyonae apparaît en 1979 avec une première description du botaniste Kenneth D. Heil dans la revue Cactus and Succulent Journal (Los Angeles), 51 :25-30. En 1994, Sclerocactus terrae-canyonae devient Sclerocactus parviflorus ssp. terrae-canyonae dans un nouvel article de Kenneth D. Heil et J. Mark Porter, « Sclerocactus (Cactaceae) : a revision », article publié dans la revue Haseltonia (2 :20-46). Plus de dix ans plus tard, la nomenclature de David Hunt (The New Cactus Lexicon, 2006) considère toujours ces spécimens comme une sous-espèce de parviflorus. Mais aujourd’hui, pour un grand nombre de botanistes, terrae-canyonae ne devrait pas être une appellation, ni même un taxon. Avec la meilleure compréhension que l’on a du genre Sclerocactus et la reconnaissance de la grande variabilité de son espèce parviflorus dont l’aire de répartition est très vaste, les spécimens de terrae-canyonae sont considérés comme une simple population de parviflorusRepartTerrae-canyonae02

La répartition de Sclerocactus parviflorus avec ses sous-espèces représente la plus large distribution de toutes les espèces du genre. En raison de cette grande répartition, S. parviflorus se rencontre dans différentes communautés d’espèces végétales situées entre 1000 et 2100 m d’altitude : sur des rebords de mesas empierrées et désertiques, en bordure de petites forêts clairsemées de pins ou de genévriers, ou encore sous le couvert de broussailles ou de hautes herbes et graminées, souvent dominée par des espèces résistantes à la sécheresse, telles Atriplex corrugata ou Atriplex cuneata. Les terrains peuvent être variés : sablonneux ou très caillouteux, à dominante calcaire ou granitique ou basaltique. Cette diversité de terrains et d’habitats naturels explique la grande variabilité de l’espèce.467-2009-terraeCanyonae

Pour une description plus complète et technique, on pourra se rendre sur le site de Flora of North America.

ScleroAventSignet02

Sclerocactus parviflorus, Monument Valley, Arizona

Administré par les Navajo qui l’appellent la Vallée des Rocs, le parc tribal de Monument Valley est célèbre pour ses immenses étendues désertiques parsemées d’imposants monolithes, de buttes et de mesas, que l’eau et le vent ont façonnées au fil du temps. A cheval entre Utah et Arizona, c’est un joyau de spectaculaires et grandioses architectures naturelles magnifié par l’intense et lumineuse couleur rouge orangée des roches et de la terre. Je connais cette vallée depuis la fin des années 1970 et je garde encore très vivace le souvenir de longues heures passées, assis à même le sol, à contempler sans me lasser le paysage et ses monolithes depuis quelques fameux promontoires, en particulier « Artist Point » et « North Windows ». C’est en partie là que s’est construit, ou renforcé, mon côté (devrais-je dire mon travers ?) contemplatif.

C’est en 1992 et 1994 que mes périples à Monument Valley me permirent d’y découvrir des Sclerocactus. La photographie ci-dessus, qui date de 1994, montre un spécimen de Sclerocactus parviflorus installé sur une petite plateforme de terre rouge, à proximité immédiate de North Window. Ce spécimen était âgé, sa tige commençait à fléchir et sa floraison était passée, mais il était idéalement placé pour une photographie inoubliable. Une photographie qu’il n’est plus possible de refaire aujourd’hui, plateforme et cactus ayant disparus. A l’époque, j’étais à la recherche d’informations sur ces parviflorus, notamment sur la couleur de leurs fleurs que je n’avais pu voir et que j’imaginais être toujours rose ou pourpre. Mais ce genre de cactus ne faisait l’objet d’aucun ouvrage récent hormis celui que venait de publier, en 1990, le naturaliste Fritz Hochstätter, « To the habitat of Pediocactus and Sclerocactus ». Malheureusement, il ne comportait aucun commentaire à propos des Sclerocactus parviflorus à Monument Valley. Son second ouvrage paru en 1993, « The genus Sclerocactus revised », pas davantage… 

Je suis retourné à Monument Valley cette année 2017. Et j’y ai vu plusieurs magnifiques spécimens de Sclerocactus parviflorus. Tous en pleine floraison ! Une belle surprise ! Sur place, la découverte de ces parviflorus amenait de suite trois observations. La première concernait la  couleur de leurs fleurs, car, de loin, tous ces parviflorus paraissaient avoir des fleurs d’une seule et unique couleur blanche. Mais, en s’approchant, on remarquait bien vite que cette couleur blanche, pure et brillante, ne caractérisait qu’une partie supérieure de leurs tépales, pour laisser place, dans leur partie inférieure, à un jaune intense et soufré. 

Le spécimen photographié ci-dessus illustre parfaitement cette particularité. Comme si l’unique couleur jaune intense de l’ensemble des étamines, filets et anthères, et aussi du style et du stigmate, avait fortement imprégné la moitié basse des tépales internes. Les tépales externes se différenciaient de ces tépales internes par la présence d’une bande médiane légèrement jaunâtre. Celle-ci n’apparaissait plus nettement sur les tépales internes. Avec leur apex surmonté de ces fleurs bicolores qui étaient toujours en nombre (deux à quatre fleurs ouvertes par individu), ces parviflorus offraient un magnifique spectacle au découvreur que j’étais devenu ce jour-là. A noter que le site internet efloras.org précise cependant que les fleurs de parviflorus sont rarement blanches : “…; inner tepals rose to purple, pink, or yellow (rarely white);”

La seconde observation concernait la couleur de toutes leurs épines, radiales et centrales. Sur cette espèce parviflorus, les épines centrales abaxiales sont habituellement, et sur toute leur longueur, d’une couleur toujours sombre, le plus souvent rougeâtre à noirâtre. Mais sur tous les spécimens rencontrés, leur habit d’épines était de couleur blanche. Certes, au niveau de l’apex, on pouvait noter les teintes ambre à brunâtre des épines juvéniles. Mais, ces teintes étaient éphémères. En perdant très vite leur turgescence, ces épines prenaient une teinte grisâtre pour acquérir ensuite leur unique couleur blanche. Seule l’extrémité de la pointe crochue en forme d’hameçon de leurs épines centrales abaxiales montrait une teinte brunâtre à noirâtre. C’était la seule exception à l’uniformité blanche et lumineuse de leur toison d’épines. 

La troisième observation concernait la grande longueur de ces épines centrales abaxiales. Sur les parviflorus, cette épine centrale abaxiale, toujours doucement arquée tout en pointant perpendiculairement à l’axe de la tige, peut mesurer de 7 à 8 cm de long. Comme le montrent les photographies, sur certains spécimens, cette longueur n’était pas loin d’égaler le diamètre de leur tige. Une longueur qui, sur la dizaine de spécimens âgés observés ce jour là, permettait à quelques-uns de dépasser les 20 cm d’envergure, une dimension assez remarquable pour des cactées de petite taille.

ScleroAventSignet02

Sclerocactus parviflorus, Arizona Strip, Arizona

Le 30 avril 2012 en Utah, je découvrais à Fry Canyon, à proximité du motel du même nom, un spécimen de Sclerocactus parviflorus d’une taille inhabituelle. Encore aujourd’hui, ce spécimen me semble avoir été le parviflorus avec la plus haute tige qu’il m’a été donné d’observer dans la nature. Une tige haute de 40 cm au moins sinon plus, tant il était difficile de mesurer correctement cette hauteur. Il était bien caché et difficile d’accès sous les rameaux desséchés d’un antique genévrier. Photographié ci-dessous, ce spécimen poussait près du croisement de la route 95 et de la piste en terre battue menant au Red Rock Plateau. Il était l’un des très nombreux « terrae-canyonae » à fleurs jaune que l’on rencontre autour de Fry Canyon et le long de la Wingate Mesa. parvif-2012-0817

Je suis repassé à Fry Canyon en avril 2016. Ce « terrae-canyonae » remarquable n’existe plus. La route 95 et ses accotements ont fait l’objet de travaux de réfection et les proches abords du motel où poussait ce spécimen avec d’autres exemplaires ont été également « nettoyés ». Le sol est désormais raclé sur plusieurs dizaines de mètres et il n’y a plus rien à voir, sauf à emprunter les rares sentiers qui partent de cette route 95 et à y découvrir d’autres parviflorus mais de taille bien moindre.

Avec cette disparition, les autres spécimens de parviflorus montrant les plus hautes tiges qu’il m’a été donné de voir dans la nature ont été rencontrés en mai 2014 dans le parc de Canyonlands, le long de la route menant au point de confluence (Confluence Overlook) des rivières Colorado et Green. Des tiges qui mesuraient entre 30 et 35 cm de hauteur. En Arizona, en Utah, au Colorado ou au Nouveau-Mexique, et parce qu’il s’agit de l’espèce de Sclerocactus la plus répandue, les spécimens de parviflorus de grande taille ne sont pas rares. Les hauteurs de tiges de 25, 30, 35 cm s’accompagnent le plus souvent de diamètres de tiges supérieures à 10 cm (des diamètres qui peuvent atteindre 14,5 cm selon Flora of North America). parvif-2014-1251w

Dans le genre Sclerocactus (stricto sensu), seules les espèces parviflorus et polyancistrus montrent les plus hautes tiges, susceptibles d’atteindre 40 à 45 cm. Les tiges de l’espèce cloverae avoisinent tout au plus les 20 à 25 cm. Viennent ensuite les tiges des espèces blainei et spinosior dont les spécimens âgés peuvent mesurer de 15 à 20 cm de hauteur. Toutes les autres espèces du genre présentent des hauteurs maximales de tiges inférieures à 15 cm.

Curieusement, c’est au cours de ce même périple 2016, quelques jours après la triste découverte de la disparition de ce vénérable parviflorus, que j’ai pu en voir d’autres d’assez grande taille. Le 27 avril précisément, le long de la frontière entre Utah et Arizona. J’étais allé ce jour-là à la rencontre de personnes autochtones des Réserves Indiennes situées aux environs de Page et de Kanab/Fredonia. Je souhaitais rencontrer des botanistes ou des responsables de ressources naturelles dans l’espoir qu’ils me guident et m’aident à trouver de beaux spécimens de Sclerocactus au sein de leurs territoires dont l’accès peut être limité.

Le fait qu’un étranger vienne à leur rencontre à propos de cactées présentes sur leurs terres avait de quoi les surprendre. Qu’il leur montre, en plus, son site internet consacré à ces cactées ne pouvait que les intéresser. J’ai été partout bien reçu et écouté, avec bienveillance et attention, et je les en remercie une fois encore. Grâce à eux, j’ai découvert quelques spécimens de parviflorus auxquels personne ne portait plus attention. Après avoir emprunté des pistes improbables et chaotiques, je pouvais ainsi observer aux alentours de Fredonia, sur les pentes d’une petite colline à la végétation très clairsemée, deux spécimens de parviflorus à fleurs rose. Des parviflorus déjà de grande taille et de fort diamètre. parvif-2016-1380w

Le plus gros et le plus grand de ces spécimens mesurait, hors épines, près de 25 cm de hauteur pour presque 12 cm de diamètre. C’était un très beau spécimen. Il portait douze boutons floraux. Les premières fleurs commençaient à s’épanouir, mais bien timidement car ce 27 avril était une journée sans soleil. Un ciel triste et grisâtre, d’une couleur presque aussi sombre que celle de la terre dans laquelle poussait ce cactus. Le second, à la tige haute de 21 cm, mais d’un diamètre de presque 12 cm lui aussi, portait moins d’une dizaine de boutons floraux encore à s’épanouir. Ces deux spécimens avaient peut-être 25 à 30 ans d’âge et j’étais un peu désespéré de devoir les photographier sans soleil. Malgré cela, ce 27 avril allait rester une journée d’heureuses et instructives découvertes. parvif-2016-1383w

ScleroAventSignet02

Notes de culture 2016

Sclero parviflorus-Fl31modPremière fleurs

De novembre à février se déroule une période de dormance hivernale, d’arrêt de végétation, pour un très grand nombre de cactées, dont les Sclerocactus. C’est une période privilégiée pour mener à bien des opérations de rempotage. Cette activité a été engagée en serre dès les derniers jours de décembre 2015 et s’est poursuivie sur une durée de 2 mois. Des spécimens âgés, de plus de cinq ans d’âge ou davantage, nécessitaient impérativement un rempotage. La croissance de semis des années 2012 et 2013 commandait aussi un premier changement de pot (je précise « premier changement » car mes semis effectués dans des pots plastique carrés 5×5 cm ne sont jamais rempotés à l’issue d’un an, mais toujours au bout de deux, trois ou quatre ans selon leur pousse.) Sclero glaucus MesaCo-fl76mod

A fin janvier 2016, ces rempotages se trouvaient terminés pour tous les spécimens de Sclerocactus (et aussi de Pediocactus) dont l’entrée en végétation est toujours assez précoce, très souvent dès la mi-février ou fin février. La venue de (bonnes) conditions météorologiques printanières pour une entrée en végétation spectaculaire de ces spécimens n’est arrivée, pour ma part et au nord de la région Rhône-Alpes, que sur le tard par rapport aux années écoulées, notamment 2014. Ce début de printemps 2016 a été chaotique avec des températures assez nettement en-dessous des moyennes saisonnières et une (trop) longue suite de journées à la météo très changeante, un jour avec ciel bleu et soleil alternant avec ciel gris et une journée pluvieuse.

Pedio-bradyi-Fl02mod Tous les spécimens rempotés ont bien accepté leur nouveau substrat. Aucun n’a fait de blocage d’entrée en végétation. Ces cas de blocage se rencontrent parfois, même sur des spécimens adultes et âgés, et affectent tous les genres de cactées. Le substrat utilisé n’est pas foncièrement différent du précédent, toujours exclusivement minéral, mais comporte simplement en mélange plus de « cailloux », principalement basalte, micaschiste et granit décomposé, auxquels sont adjoints un peu moins de terre (granitique) assez fine et de fines particules de déjection de lombrics. Divers éléments minéraux viennent aussi en complément, en petite proportion et au cas par cas: ardoise, pouzzolane, chabasite, gypse… Soit la présence d’un peu plus de poches d’air au sein de ce substrat ou, en d’autres termes, un substrat qui se veut plus aéré.

Sclero cloverae SB1011mod

Par ailleurs, l’attention qu’il est nécessaire d’apporter à la composition et à la confection du substrat m’a amené à rempoter quelques spécimens de Sclerocactus dans des pots, non pas en terre comme j’ai coutume à le faire au sortir du semis, mais exceptionnellement dans des pots en plastique transparent. Le but n’est pas seulement de voir la structure interne qu’offre cette terre de culture mais, surtout et sur une période de trois à cinq ans, d’observer et de suivre la progression dans le sol que peuvent avoir racines et radicelles de ces cactées. A suivre donc…

Substrat Sclero spinosior 01mod

Substrat Sclero wetlandicus 02mod

Ces photographies, ci-dessus et ci-contre, permettent de se faire une idée de la texture davantage « empierrée » du substrat confectionné.

 

Reprise de végétation

Les espèces du genre Sclerocactus montrent un arrêt de végétation qui couvre généralement les mois de juin, juillet et août. Ce phénomène apparaît à l’approche du solstice de juin. Ce fut le cas en 2016. C’est la période du plein été. C’est une période de dormance pour ces cactées, accablées par la chaleur et par une absence de grande amplitude entre les températures diurnes et nocturnes. Les aréoles ne produisent plus d’épines. Les plus jeunes épines tout juste émergées de ces aréoles ont perdu leur turgescence. Aux premiers jours du mois d’août, certains spécimens en culture peuvent ainsi présenter une tige plus ou moins affaissée, ratatinée. Rien d’alarmant à cela. Le phénomène est courant dans leurs milieux naturels.

Cet arrêt de végétation va se poursuivre, le plus souvent, jusqu’au milieu ou la fin du mois d’août. La seconde moitié du mois d’août voit les grosses chaleurs estivales peu à peu s’estomper, le plus souvent en raison de pluies ou d’orages qui amènent de la fraicheur. Le temps change, les températures baissent quelque peu. C’est alors qu’il faut prêter attention à une reprise de la végétation de ces cactées, sachant que celle-ci n’est pas forcément systématique, encore moins cadencée ou attachée à quelques dates du calendrier. Pour ce qui me concerne et sur cette année 2016, les premiers signes de cette reprise se sont manifestés assez tôt, dès la première semaine d’août, sur un spécimen de Sclerocactus cloverae et deux spécimens de glaucus, puis après le 10 août, sur des spécimens de parviflorus et de parviflorus ssp. havasupaiensis.

Au niveau de l’apex, sur les aréoles naissantes, on pouvait y détecter et observer la production d’un nouveau duvet : sa plus forte densité accompagnée parfois d’une couleur plus claire était  le premier signe d’un réveil de végétation. On voyait aussi apparaître de nouvelles pointes d’épines. Cela marquait plus nettement encore cette nouvelle entrée en végétation, comme le montrent ci-dessous les photographies de spécimens en culture (photos au 16 août 2016). A noter les glandes nectarifères de nouveau actives sur le spécimen de cloverae photographié. cloverae-repriseveget4b

glaucus-repriseveget9a

C’est donc tout un travail de suivi et d’observation qu’il faut engager et poursuivre à l’approche ou à partir de la seconde moitié du mois d’août. Mais la (grande) difficulté de la culture des Sclerocactus sous nos climats européens incite à rester prudents dans la reprise des arrosages. Pas de précipitation. En fonction des conditions de culture, si la production d’un nouveau duvet sur les aréoles au plus proche de l’apex a été la seule à être observée, les arrosages pourront attendre la production de nouvelles épines. En d’autres termes, la reprise des arrosages ne va concerner que les spécimens manifestement entrés à nouveau en végétation.

 Au fil des ans, on pourra remarquer que certaines espèces dans le genre reprennent plus rapidement leur végétation. J’ai pu observer que certaines espèces, notamment parviflorus, cloverae ou glaucus, sont souvent les premières à la reprendre. C’est encore le cas cette année 2016. D’autres espèces semblent plus lentes à ce réveil, pubispinus, blainei et spinosior entre autres. Cela se confirme aussi cette année 2016. Leur arrosage a été différé par rapport aux premières : un arrosage intempestif pouvait être malvenu (pourriture des racines).

Les arrosages doivent être modérés. Ils peuvent être faits par capillarité, y compris avec des pots en terre. Pas question de « noyer » les plantes sous prétexte que leur substrat est au sec depuis deux mois ou plus. Dans la journée qui suit cette reprise des arrosages, on est toujours surpris de voir les tiges à nouveau se trouvées bien gonflées. Le système racinaire de ces cactées a tôt fait d’assécher le substrat de leur pot. Le redressement des tiges est d’autant plus spectaculaire que les spécimens sont encore juvéniles et de petite taille. Les photographies ci-dessous d’un Sclerocactus parviflorus encore juvénile montrent le changement qui s’est opéré.

parvif1a-eauapres2mois2

parvif1a-2moissanseau1

Avec une grande prudence, ces arrosages modérés vont être possibles au mieux jusqu’à la mi-septembre. Le substrat gagnera à rapidement redevenir sec dans les 48 heures par exemple. Tout va dépendre des conditions météorologiques à venir, et principalement du taux d’humidité de l’air ambiant (degré hygrométrique) qui, entre septembre et octobre, ne peut qu’augmenter. Rappelons que toutes les espèces du genre ont besoin d’une grande aération. Si tout confinement prolongé leur est préjudiciable, une trop forte humidité de l’air peut tout aussi leur être fatale alors que leur substrat est (encore) humide.

ScleroAventSignet02

Sclerocactus parviflorus, San Rafael Swell, Utah

La photographie ci-dessous a été prise le 6 mai 2014 dans le San Rafael Swell, une vaste zone désertique située au centre-ouest de l’Utah. Je me souviens avoir ressenti l’impérieux besoin de photographier ce paysage, sans même consacrer quelques secondes à parfaire son cadrage, tant l’espace qu’il représentait, par sa beauté et sa sérénité mais plus encore par sa simplicité et sa profondeur, illustrait de superbe façon le San Rafael Swell.

parvif2827-2014-SRSwell

J’avais sous les yeux le profil type de cet espace désertique. C’est-à-dire, une sorte de plateau composé de roches stratifiées, grès, schistes et calcaires, relativement plat dans sa partie centrale, mais accidenté principalement sur ses versants sud et sud-est avec sommets, mesas, buttes, gorges et canyons (San Rafael Reef). Géologiquement parlant, un espace de 120 kms de long sur 64 de large résultant d’un soulèvement de roches apparu il y a 60 à 40 millions d’années et s’érodant peu à peu à la suite de multiples bouleversements.

Sur cette photographie, tout s’y retrouve en perspective « immensément » petit, réduit, à l’image de la découpe sur l’horizon de quelques sommets : le San Rafael Knob, 2414 mètres d’altitude, point culminant de ce désert de San Rafael, mais aussi Block Mountain, 2263 m, Square Top, 2258 m, Head of Sinbad, 2175 m. Des sommets tous situés à une quarantaine de kilomètres à vol d’oiseau du lieu de la prise de vue.

Et au tout premier plan, sur un sol aussi lumineux que le bleu du ciel, un cactus, Sclerocactus parviflorus, qui plus est, en fleur ! Spécimen solitaire aussi beau que fragile. A bien regarder l’image, on peut noter qu’il est installé sur une portion de terrain légèrement en pente, celle-ci conduisant à des méandres encore à peine esquissés sur le sol et où s’écoule le trop plein d’eau des orages. Des méandres que la force de l’eau creusera et élargira au fil des années pour former le lit de l’un de ces cours d’eau temporaires souvent rencontrés dans les régions désertiques et qui portent les noms de wash ou d’arroyo.

parvif1490-2014-SRSwell

Bien que ce territoire soit aride, on y dénombre plusieurs zones de végétation qui s’étalent entre 1280 et 2400 mètres. Depuis les zones les plus basses formées de dunes, en passant par les zones de broussailles éparses sur sols alcalins et argileux, sols les plus répandus, jusqu’aux zones de pins pignon et de genévriers aux plus hautes altitudes. Outre Sclerocactus parviflorus, on y rencontre aussi Sclerocactus wrightiae qui est une espèce endémique du San Rafel Swell. Les spécimens de cette espèce s’observent toutefois en plus grand nombre plus au sud encore, au-delà des montagnes présentes sur l’horizon. triglochidiatus1511-2014

Curieusement, les espèces de cactées présentes dans le San Rafael Swell ne sont pas nombreuses. Pas même une dizaine. Avec les deux espèces rares et endémiques de ce désert que sont Pediocactus despanii et Sclerocactus wrightiae, on peut y voir des (inévitables) Opuntia erinacea, polyacantha et basilaris, de même que (inévitables eux aussi) des Escobaria vivipara. Sans oublier des Echinocereus triglochidiatus (ssp. melanacanthus) assez largement répandus, et des Sclerocactus parviflorus. On peut aussi y trouver en altitude de rares Pediocactus simpsonii.

escob-vivip-778-2009Quelques-unes de ces espèces ne vont se rencontrer que dans une seule zone de végétation, par exemple Pediocactus despanii, Pediocactus simpsonii et Escobaria vivipara dans celle des pins pignon et des genévriers entre 1750 et 2400 mètres. Les Sclerocactus parviflorus vont se rencontrer entre 1500 et 2100 mètres et les Sclerocactus wrightiae depuis 1700 mètres jusqu’aux plus basses altitudes, à l’exclusion des zones où dominent les sols sablonneux et les dunes.

ScleroAventSignet02

Une hybridation déterminante

Dans la mesure où leurs périodes de floraison coïncident, les espèces du genre Sclerocactus sont à même de s’hybrider facilement. Ce pourrait être un cinquième handicap et le plus dévastateur, car tous les Sclerocactus stricto sensu apparaissent être inter-fertiles. Cette hybridation qui est connue et très ancienne semble cependant avoir atteint aujourd’hui de grandes proportions pour certaines espèces. Et c’est là un gros problème sur le Plateau du Colorado.

La photographie ci-dessous prise sur un site au sud de la ville de Grand Junction au Colorado montre un spécimen âgé de Sclerocactus porteur d’une couverture d’épines très particulières, sans référence notable à celle d’une quelconque espèce du genre. La majeure partie de ses épines, radiales comme centrales, sont de couleur blanche, jusqu’à être parfois légèrement translucide. Les épines centrales montrent sur certaines aréoles des formes en glaive assez marquées, droites, dont la section n’est pas ronde mais plate. Ces formes d’épines centrales ne se retrouvent pas sur d’autres aréoles, remplacées par des formes arquées, pointant vers le haut de la tige, de section ronde et de couleur noire. La marque d’une hybridation avec l’espèce glaucus ?
sp-type-parvif-0723-2014

L’hybridation dans le genre Sclerocactus (stricto sensu) est connue. Elle est surtout le fait de S. parviflorus dont l’aire de répartition est très vaste. On sait qu’en fonction de leurs environnements locaux, les espèces s’étalent et s’éparpillent. Si certains groupes de plantes disposant de caractères morphologiques suffisamment différenciées et affirmés se retrouvent isolés, c’est alors qu’une spéciation s’effectue sur place. Dans le genre, S. wetlandicus est un vieil hybride entre S. parviflorus et S. brevispinus. De même, S. whipplei ssp. heilii est un hybride entre S. parviflorus et S. whipplei ssp. whipplei. S. havasupaiensis (assimilée à S. parviflorus selon Hunt, Lexicon 2006) est un hybride entre S. parviflorus et S. polyancistrus. Quant à S. sileri, elle apparaît comme étant un hybride entre S. parviflorus et S. spinosior ssp. spinosior.

glaucus-pur-Pyr-0343-2014Pour la botaniste américaine Dorde W. Woodruff, aucune espèce de Sclerocactus stricto sensu ne se trouve aujourd’hui véritablement isolée, en raison d’une hybridation des espèces de petite taille par les espèces de grande taille. Même si, d’une manière générale et comme on a pu le voir dans l’onglet « Répartition des Sclerocactus stricto sensu », les zones de répartition des espèces du genre montrent des espaces assez localisés. Sauf pour l’espèce parviflorus dont la répartition couvre d’immenses étendues et chevauche ou jouxte les secteurs de répartition de presque toutes les autres espèces du genre. Les espèces de petite taille sont S. brevispinus, S. glaucus, S. mesae-verdae, S. nyensis, S. pubispinus, S. sileri, S. spinosior (ssp. spinosior et ssp. blainei), S. whipplei ssp. whipplei et S. wrightiae. Les espèces de grande taille sont S. havasupaiensis, S. polyancistrus, S. wetlandicus, S. whipplei ssp. heilii et S. parviflorus.

parvif-Dutch-Flat-1312-2009Parmi les espèces de grande taille, S. havasupaiensis occupe un territoire si réduit et si isolé qu’elle ne présente qu’un faible potentiel d’hybridation. A l’inverse et du fait de son aire de répartition très vaste, l’espèce parviflorus est au contact d’autres espèces du genre plus limitées en nombre. Les périodes de floraison restent bien sûr déterminantes. Celles par exemple de S. polyancistrus et S. nyensis dont les aires de répartitions se chevauchent à proximité de Tonopah au Nevada.

Dans son texte Sclerocactus nyensis and the Great Basin Desert (2008, Cactus and Succulent Journal Great Britain, vol. 80 (5) 229-231), Zlatko Janeba dit avoir observé en de nombreux endroits et en fonction de l’altitude où sont implantés certains spécimens de ces deux espèces des temps de floraison simultanés sur la période 2004-2007, mais sans avoir cependant détecté d’hybridation. De légères fluctuations climatiques pourraient néanmoins favoriser localement un tel phénomène. En Utah, on peut remarquer sur le terrain que S. wetlandicus est toujours et encore assez variable du fait d’une proximité géographique avec S. brevispinus et aussi en raison d’une introgression constante avec S. parviflorus. Quant à S. whipplei ssp. heilii, sa répartition couvre une partie sud du bassin de la rivière San Juan au Nouveau Mexique sans affecter le territoire où se rencontre S. mesae-verdae.hybride1-glau-parv-1624-2014

Au Colorado, l’espèce de petite taille glaucus est dès à présent la plus touchée par ces phénomènes d’hybridation et d’introgression avec l’espèce parviflorus. Pour Dorde W. Woodruff, ces phénomènes sont plus ou moins importants selon les secteurs géographiques de DeBeque, de Dominguez Canyon, d’Escalante Canyon ou de Delta. Les tiges des spécimens concernés sont plus hautes et plus grosses que celles habituellement observées chez l’espèce (pure) glaucus. La couverture d’épines, l’aspect et la couleur de tige de ces spécimens sont cependant bien trop variables de site en site pour qu’il soit possible de trouver dans ces populations une morphologie unique. Ce ne sont non plus de « véritables » glaucus qui sont observées au Colorado mais plutôt, de place en place, des phénotypes, c’est-à-dire des populations ayant l’apparence (les caractères observables) de glaucus plus ou moins fortement hybridées avec S. parviflorus. hybride2-glau-parv-1624-2014Des travaux universitaires conduits au Colorado (Natalie Murrow, Frontiers of Science Institute 2011, University of Northern Colorado) ont bien montré cela à travers l’analyse génétique de multiples glaucus. La revue botanique Aquilegia (vol35, n°2) de la Société des plantes natives du Colorado (Colorado Native Plant Society) s’est faite de son côté l’écho en 2011 des travaux de Anna Schwabe (Analysis of choloroplast DNA from Sclerocactus glaucus and Sclerpcactus parviflorus to determine the level of directionality and hybridization between these two species) en soulignant que cette hybridation pourrait être à terme la plus forte menace d’extinction de cette espèce (pure) glaucus.

parvif-type-Reed-0402-2014Les botanistes Kenneth D. Heil et J. Mark Porter exprimaient déjà en 2004 une pareille hypothèse, mais à propos de deux autres espèces, en remarquant une « lente divergence évolutive morphologique entre S. brevispinus et S. wetlandicus » (Sclerocactus in Flora of North America Editorial Committee). Et d’ajouter : « Une menace naturelle importante pour S. brevispinus est qu’elle soit génétiquement submergée par S. wetlandicus plus largement répandue ». Selon Dorde W. Woodruff, les espèces de petite taille sont peu à peu submergées localement par les espèces de grande taille, et notamment par S. parviflorus en raison de son aire de répartition très vaste. Pour elle, la science botanique a le devoir de s’intéresser davantage aux hybrides naturels, et tout particulièrement au sein de ces Sclerocactus stricto sensu. Ils sont l’histoire en marche du genre dans le cours d’une évolution végétale qui ne s’arrête jamais.

ScleroAventSignet02

Quelques aspects de leur phénologie

Les espèces du genre Sclerocactus stricto sensu se sont remarquablement adaptées à leur environnement en dépit de quelques handicaps qui touchent de près leur phénologie (chronologie des événements, des étapes ou des rythmes périodiques propres à la vie d’un végétal tels que la formation de boutons floraux, la floraison, la fructification, la libération des graines,…).

whipplei-heilii-2105-2014

1/ Toutes les espèces du genre poussent lentement. Cette pousse lente souvent rencontrée dans les situations d’endémisme est loin d’être négligeable même si, à la différence d’autres genres de Cactacées, les Sclerocactus stricto sensu ont la particularité de fleurir assez jeunes. Cependant, sur de nombreux sites où nous nous trouvions au moment de la floraison, il n’était pas rare de trouver des boutons floraux dont une grande partie (quand ce n’était pas la quasi-totalité) se trouvait consommée sans doute par de petits herbivores, mettant à mal les capacités reproductives des spécimens concernés.parvif-Arches-129-2002

2/ Toutes les espèces du genre présentent une dispersion peu performante de leurs graines. La situation apicale des tubes floraux positionne les fruits au sommet des tiges. La déhiscence de ces fruits conduit à une libération des graines presque immédiatement entravées par l’enchevêtrement d’épines masquant cette tige. Nombre de graines y restent emprisonnées alors que pluies et vents restent les plus efficaces pour entraîner leur dispersion. A propos de l’espèce wetlandicus, Vincent J. Tepedino précise que son « fruit développe depuis sa base une ligne de suture dont les parois s’écartent pour laisser les graines s’amonceler en une petite pile à la base des épines au sommet de la plante. De fortes averses de pluies projettent les graines sur le sol et semblent être la principale méthode de dispersion des graines ». (Reproductive biology, hybridization and flower visitors of rare Sclerocactus taxa in Utah’s Uintah Basin, V.J. Tepedino, T.L. Griswold, W.R. Bowlin. 2010. Western North American Naturalist 70(3)).wetland-Ouray-0160-2014

3/ La plupart des espèces du genre forment des petites populations de spécimens isolés à très isolés les uns des autres, quand ces spécimens ne sont pas eux-mêmes qualifiés de rares. Ce qui amène à penser que le genre Sclerocactus stricto sensu disposerait d’un potentiel de reproduction plutôt faible, même si certaines espèces (parviflorus, polyancistrus, spinosior ssp. spinosior, …) peuvent ne pas être rares mais simplement dispersées sur de grandes distances au sein de territoires eux-mêmes immenses. Dans ce cas, l’espèce est largement répartie mais peu de spécimens sont observés au km². Situation préjudiciable à une large pollinisation et à une plus large répartition tout en favorisant éventuellement des phénomènes de variabilité comme ceux observés principalement pour l’espèce parviflorus.

4/ Les semences des Sclerocactus ont la particularité de conserver leur pouvoir végétatif sur plusieurs années. Mais il est bien admis aussi que la germination de ces graines est épisodique. Et plus une durée de dormance peut être longue, plus elle est susceptible de voir des évènements imprévus et dévastateurs anéantir tout un potentiel de nouvelle population. Peu d’études spécifiques éclairent ce sujet.mesae-verdae-Shiprock-2461-2014 Cependant, le dossier Mesa Verde Cactus Recovery Plan préparé en 1984 par Kenneth D. Heil pour le U.S. Fish and Wildlife Service d’Albuquerque au Nouveau-Mexique livre quelques observations intéressantes bien que limitées à cette espèce. Selon cette étude, chaque spécimen adulte de S. mesae-verdae produirait en moyenne 20 et 30 graines par fruit, soit de l’ordre de 200 par an. Dispersées dans des conditions plus ou moins satisfaisantes et après une période de dormance pouvant durer 2 à 4 ans, on estime que c’est moins de 10 % de ces graines qui vont pouvoir germer, ce qui est un taux très bas. Cette germination est elle-même épisodique, nécessitant des conditions climatiques les plus favorables, des printemps suffisamment pluvieux suivis d’été chauds et secs. Or, des évolutions climatiques en dents de scie affectent sensiblement le développement de ses populations naturelles. Alors que des années aux printemps pluvieux assurent à celles-ci un développement marquant, les années beaucoup trop sèches qui suivent ne permettent pas à un grand nombre de plantes encore juvéniles de survivre. Une mortalité pouvant être élevée détruit ce que les années précédentes ont apporté.wrightiae-Notom-042001cL’énumération de ces handicaps aide à comprendre la grande fragilité de ces cactées au sein même de leurs territoires. Fragilité d’autant plus forte que s’y ajoutent toutes les menaces issues ou non d’activités humaines qui ne se limitent pas aux recherches minières ou pétrolières, à l’expansion des zones urbaines ou des terres agricoles, aux destructions causées par du bétail pâturant en open range. au surpâturage facilitant l’établissement de plantes invasives ou encore au parasitisme d’insectes ravageurs tel le scarabée foreur, Moneilema semipunctatum. Voir à propos de cette dernière menace l’article de Madame Dorde Wright Woodruff, “The cactus and the beetle”, dans la revue Segolily, Newsletter of the Utah Native Plant Society (3-2010).

ScleroAventSignet02

Sclerocactus parviflorus, Hite, Utah

La route 95 qui relie les petites villes de Hanksville et de Blanding est d’importance pour qui voyage dans le sud-est de l’Utah. Longue de 195 km, elle comporte au sein d’un vaste périmètre le seul pont routier qui enjambe la rivière Colorado. Les autres ponts sont, l’un à près de 200 km de distance au nord-est, l’autre à 300 km plus au sud.

Hite-site-289-2009

Cette route 95 est classée parmi les scenic road et Trail of the Ancient, c’est-à-dire routes dites panoramiques et routes à thèmes qui permettent tout en traversant de spectaculaires paysages de découvrir des sites culturels et emblématiques de l’histoire des premiers Amérindiens. En venant du nord, depuis Hanksville et après une multitude de virages au milieu d’étonnantes formations rocheuses, elle enjambe via un pont métallique la rivière Colorado à Hite, à l’extrémité nord-est du Lake Powell. Et la descente sur Hite est toujours spectaculaire avec sur le dernier mile le fameux pont métallique en ligne de mire… Rte95Hite-299-2009Hite a fait partie des bourgades minières qui s’établissaient spontanément dès la découverte d’un précieux minerai. Elle fut fondée par le prospecteur Cass Hite qui avait trouvé de l’or en 1883 dans les sables et les graviers le long du Colorado. Tout près de son filon, il avait aussi découvert le meilleur endroit possible permettant de traverser à gué le Colorado car, jusqu’alors, cette rivière représentait dans ce secteur une barrière presque infranchissable à l’homme et à la circulation des marchandises et des troupeaux. Grâce à ce point de passage et avec un bureau de poste ouvert en 1889, Hite compta jusqu’à 200 habitants au tout début des années 1920.

Rte95Hite-294-2009

Puis la recherche de l’or fut abandonnée, remplacée un temps par l’extraction de minerai d’uranium. Le passage à gué du Colorado fut lui aussi abandonné, remplacé en 1946 par un ferry qui fonctionna jusqu’en 1964 lorsque la bourgade de Hite, devenue ville fantôme, et ses environs se trouvèrent submergés par la création du lac Powell.

Les très beaux et âpres paysages que traverse cette route, notamment à l’approche de la rivière Colorado, montrent presque sans interruption des formations rocheuses faite d’un grès rouge à orangé. La végétation est éparse, l’air très sec. La route toute en virages chemine à travers la roche presque omniprésente. Il faut s’aventurer à l’écart de cette route lorsque des pistes ou des chemins se présentent pour trouver quelques zones de végétation plus fournies.ScleroParvifHite-222-2009

ScleroParvifHite-220-2009On est dans la zone de répartition de Sclerocactus parviflorus et on trouve des spécimens presque toujours solitaires, là où terre et sable ont pu s’accumuler. Mais de part et d’autre du pont métallique qui enjambe le Colorado, le rocher est presque omniprésent et les plantes sont beaucoup plus rares. Il est vraisemblable que bon nombre de ces cactées ont été submergées lors de la création de ce lac Powell.

Il faut s’aventurer aux abords du White Canyon tout proche, entre 1200 et 1600 m d’altitude, là où la roche et le sol perdent leur couleur rougeâtre pour trouver à nouveau ces parviflorus à fleurs roses. Vers le sud, la route 95 longe la Wingate Mesa pour piquer vers Fry Canyon, là où peuvent s’observer de nombreux spécimens de Sclerocactus parviflorus ssp. terrae canyonae qui, eux, se caractérisent par une fleur de couleur jaune pâle.

ScleroAventSignet02

Sclerocactus parviflorus, Pipe Springs, Arizona

Pipe Springs (1500 m d’altitude) est un site préservé qui commémore la vie des pionniers de l’Ouest des Etats-Unis. Il est situé à l’extrême nord de l’Arizona, à proximité de la frontière avec l’Utah, une zone frontalière appelée « Arizona Strip ». La découverte d’une source d’eau en 1858 par des missionnaires Mormons eu un impact considérable sur cette bande de terre vaste et aride. Parviflorus0711-2010

La source qui ne cessa d’attirer voyageurs et colons jusqu’au début des années 1900 fut d’abord un point de rassemblement pour le bétail. Puis y furent établies des cultures maraîchères et des vignes avant que soit entreprise, de 1870 à 1872, la construction d’un fort destiné à préserver les réserves d’eau contre les attaques incessantes de maraudeurs. L’ensemble du site abritait plus de 2000 têtes de bétail et plus de 150 chevaux avant son déclin progressif à partir des années 1890.Parviflorus0697-2010

Une fois à l’intérieur du site, il faut emprunter le chemin de crête qui surplombe les bâtiments pour se rendre sur un promontoire où se trouve un petit jardin abritant diverses plantes xérophytes. On y trouve de très belles Opuntia basilaris et une vingtaine de Sclerocactus parviflorus. Lors de mes voyages, je suis venu plus d’une fois à Pipe Springs. Aux mêmes époques, entre mi-avril et mi-mai, j’y ai toujours vu ces basilaris et ces parviflorus en fleurs. Les photographies prises dans ce jardin le 28 avril 2010 témoignent de l’une de ces floraisons.basilaris-0495-2013

Mais accéder à ce promontoire pour y revoir en particulier ces parviflorus n’est pas mon seul plaisir. Car il offre une vue imprenable en direction du sud sur d’immenses étendues. Des étendues qui, avec des noms prêtant à rêver, Yellowstone Mesa, Antelope Valley, Kanab Plateau, Sunshine Point,… précèdent tout au bout de l’horizon, là où terre et ciel se confondent, les spectaculaires paysages du Grand Canyon. Ces étendues m’ont toujours incité à faire et refaire mentalement une sorte de revue de détail, un « tour d’horizon », de quelques-unes des merveilles de la grande famille des Cactacées qui m’ont été données de voir dans leurs milieux naturels et aussi loin que peut voir l’œil…

A gauche, à l’est, à moins de 100 kms de distance à vol d’oiseau, se trouvent les Pediocactus winkleri ssp. bradyi ainsi que les Opuntia basilaris ssp. longiareolata. Toujours à l’est, à environ 60 kms, les Sclerocactus sileri et, plus au sud-est, les Pediocactus paradinei. Et à moins de 20 kms de distance, toujours à vol d’oiseau, les Pediocactus sileri que l’on trouve aussi au sud-ouest. Au sud, à moins de 25 kms, les très rares Pediocactus peeblesianus ssp. fickeiseniae, ainsi que de très nombreux Sclerocactus parviflorus. Avec toujours au sud, aux limites de l’horizon vers le Grand Canyon, les Sclerocactus havasupaiensis. Et à droite, à l’ouest et au sud-ouest, aux rives orientales du désert de Mojave, les premiers Sclerocactus (Echinomastus) johnsonii.

Pipe Springs, site stratégique, presque une table d’orientation !Parviflorus0715-2010

ScleroAventSignet02