Sclerocactus parviflorus, Monument Valley, Arizona

Administré par les Navajo qui l’appellent la Vallée des Rocs, le parc tribal de Monument Valley est célèbre pour ses immenses étendues désertiques parsemées d’imposants monolithes, de buttes et de mesas, que l’eau et le vent ont façonnées au fil du temps. A cheval entre Utah et Arizona, c’est un joyau de spectaculaires et grandioses architectures naturelles magnifié par l’intense et lumineuse couleur rouge orangée des roches et de la terre. Je connais cette vallée depuis la fin des années 1970 et je garde encore très vivace le souvenir de longues heures passées, assis à même le sol, à contempler sans me lasser le paysage et ses monolithes depuis quelques fameux promontoires, en particulier « Artist Point » et « North Windows ». C’est en partie là que c’est construit, ou renforcé, mon côté (devrais-je dire mon travers ?) contemplatif.

C’est en 1992 et 1994 que mes périples à Monument Valley me permirent d’y découvrir des Sclerocactus. La photographie ci-dessus, qui date de 1994, montre un spécimen de Sclerocactus parviflorus installé sur une petite plateforme de terre rouge, à proximité immédiate de North Window. Ce spécimen était âgé, sa tige commençait à fléchir et sa floraison était passée, mais il était idéalement placé pour une photographie inoubliable. Une photographie qu’il n’est plus possible de refaire aujourd’hui, plateforme et cactus ayant disparus. A l’époque, j’étais à la recherche d’informations sur ces parviflorus, notamment sur la couleur de leurs fleurs que je n’avais pu voir et que j’imaginais être toujours rose ou pourpre. Mais ce genre de cactus ne faisait l’objet d’aucun ouvrage récent hormis celui que venait de publier, en 1990, le naturaliste Fritz Hochstätter, « To the habitat of Pediocactus and Sclerocactus ». Malheureusement, il ne comportait aucun commentaire à propos des Sclerocactus parviflorus à Monument Valley. Son second ouvrage paru en 1993, « The genus Sclerocactus revised », pas davantage… 

Je suis retourné à Monument Valley cette année 2017. Et j’y ai vu plusieurs magnifiques spécimens de Sclerocactus parviflorus. Tous en pleine floraison ! Une belle surprise ! Sur place, la découverte de ces parviflorus amenait de suite trois observations. La première concernait la  couleur de leurs fleurs, car, de loin, tous ces parviflorus paraissaient avoir des fleurs d’une seule et unique couleur blanche. Mais, en s’approchant, on remarquait bien vite que cette couleur blanche, pure et brillante, ne caractérisait qu’une partie supérieure de leurs tépales, pour laisser place, dans leur partie inférieure, à un jaune intense et soufré. 

Le spécimen photographié ci-dessus illustre parfaitement cette particularité. Comme si l’unique couleur jaune intense de l’ensemble des étamines, filets et anthères, et aussi du style et du stigmate, avait fortement imprégné la moitié basse des tépales internes. Les tépales externes se différenciaient de ces tépales internes par la présence d’une bande médiane légèrement jaunâtre. Celle-ci n’apparaissait plus nettement sur les tépales internes. Avec leur apex surmonté de ces fleurs bicolores qui étaient toujours en nombre (deux à quatre fleurs ouvertes par individu), ces parviflorus offraient un magnifique spectacle au découvreur que j’étais devenu ce jour-là. A noter que le site internet efloras.org précise cependant que les fleurs de parviflorus sont rarement blanches : “…; inner tepals rose to purple, pink, or yellow (rarely white);”

La seconde observation concernait la couleur de toutes leurs épines, radiales et centrales. Sur cette espèce parviflorus, les épines centrales abaxiales sont habituellement, et sur toute leur longueur, d’une couleur toujours sombre, le plus souvent rougeâtre à noirâtre. Mais sur tous les spécimens rencontrés, leur habit d’épines était de couleur blanche. Certes, au niveau de l’apex, on pouvait noter les teintes ambre à brunâtre des épines juvéniles. Mais, ces teintes étaient éphémères. En perdant très vite leur turgescence, ces épines prenaient une teinte grisâtre pour acquérir ensuite leur unique couleur blanche. Seule l’extrémité de la pointe crochue en forme d’hameçon de leurs épines centrales abaxiales montrait une teinte brunâtre à noirâtre. C’était la seule exception à l’uniformité blanche et lumineuse de leur toison d’épines. 

La troisième observation concernait la grande longueur de ces épines centrales abaxiales. Sur les parviflorus, cette épine centrale abaxiale, toujours doucement arquée tout en pointant perpendiculairement à l’axe de la tige, peut mesurer de 7 à 8 cm de long. Comme le montrent les photographies, sur certains spécimens, cette longueur n’était pas loin d’égaler le diamètre de leur tige. Une longueur qui, sur la dizaine de spécimens âgés observés ce jour là, permettait à quelques-uns de dépasser les 20 cm d’envergure, une dimension assez remarquable pour des cactées de petite taille.

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